La technicité est un apprentissage précieux et nécessaire pour exprimer pleinement et avec précision tout les détails de son univers créatif. Celui qui abusera de cette capacité alourdit indéniablement son art d’une prétention parfois insupportablement vaniteuse. L’incessante démonstration de laquelle il se sert alors pour se mettre lui-même en exergue, plutôt que sa musique, finit, souvent, par lasser un auditoire qui aime être bien plus touché par l’art que par l’artiste. Nourris de cette attitude excessive, l’artiste finis même par négliger, parfois, les émois indispensables que devraient véhiculer sa musique, et ce au profit d’un défi technique toujours plus dure à relever, toujours plus abscons, à l’émotion toujours plus diffuse, mais dont il pourra tirer une gloire supplémentaire. Ceux qui ne comprennent pas son talent sont sûrement dans l’erreur. L’extreme finalité de cette posture, l’arrogance suprême de ce comportement, consiste à dénigrer les défaillances techniques des autres sans même s’apercevoir que sa propre expression artistique, bien qu’irréprochablement maitrisé, n’est plus de nature à procurer la moindre émotion intéressante. Mais, encore une fois, ceux qui ne comprennent pas ce talent sont forcément dans l’erreur.
Et dans
Abstract Symphony, premier album des suédois de
Majestic, il y avait de cette technicité expansive odieuse qui enchaine inexorablement votre esprit l’entrainant vers les profondeurs insondables d’un douloureux ennui véritable. Il y avait aussi de cette musicalité harmonieuse et guillerette symptomatiquement nordique dans laquelle nombres d’autres groupes s’étaient déjà égarés (
Stratovarius,
Sonata Arctica,
Zonata,
Yngwie Malmsteen…). Pourtant, aussi étrange que cela puisses paraitre, il y avait également un talent indéniable pour les mélodies et notamment les refrains, mais aussi, lorsque les tempos délaissaient cette cavalcade véloce stérile, une certaine personnalité pas dénué d’un certain intérêt. Il y avait encore, pour finir, un chanteur dont la voix, et le travail, rehaussait indiscutablement l’œuvre.
A la mesure de ce deuxième album,
Trinity Overture,
Majestic aura assurément progressé, mais également, tout aussi assurément, régressé. Pour évoquer les raisons profondes de cette régression il faut, évidement, parler des changements de musiciens qui auront, fondamentalement, transformé le visage de ce groupe. Si on ne peut que se réjouir du départ de Peter Espinoza (guitare) et de Richard Andersson (claviers) dont les désirs ambitieux, donnant naissance à des étalages ‘‘Neo classique’’ aux envolées éreintantes, accablait l’expression de ces suédois, on ne peut que déplorer celui de Jonas Blum (chant) au profit d’un Appollo au timbre clairement plus traditionnel pour le genre.
Toutefois, toujours dévolu à un metal mélodique, en une sorte de mélange Power/Hard outrageusement scandinave, le groupe va tenter de nous
persuader de son talent. Et passé les premières frayeurs d’un Entering the Arena instrumental, dans lequel le groupe nous replonge dans les pires souffrances de cet étalage technique stérile sans âme, Voodoo Treasure vient délicieusement nous rassurer. Le titre, fort de ces rythmes mid-tempos, de ces mélodies sympathiques, de ces effusions certes présentes mais contenus et de ses couplets, et de ses refrains, aux airs efficaces est, effectivement, séduisant. Si la suite demeure plaisante, elle ne parvient, malheureusement, pas à être aussi attachante que ce premier morceaux (Resurrection, Confuscius ou encore, par exemple,
Trinity Overture). En effet, souvent, les refrains manquent de pertinence et d’intérêt. Ce qui fut donc autrefois une force de ce groupe n’est plus, aujourd’hui, qu’une cruelle faiblesse. Conjugué aux travaux de ce chanteur dont l’expression est clairement moins atypique, et donc attirante, que celle de son prédécesseur ; nous voilà donc étreint par un sentiment mitigé. A la fois clairement moins présomptueux et à la fois clairement moins réussis, ces morceaux demeurent ainsi décevant. Ce qui n’est pas si étrange si l’on considère que Richard Andersson fut autrefois le seul compositeur de ce groupe.
Il faut noter aussi les progrès de ce groupe dans les titres rapides où il semble plus à l’aise. Là où, effectivement, il fut, autrefois impersonnel et quelconque, il aura su regagner un peu de caractère (Curtain of Fire, Approaching the Storm).
Quoiqu’il en soit il apparait complexe de se prononcer dans la difficile analogie entre ce
Trinity Overture et son prédécesseur
Abstract Symphony. Moins vainement ambitieux, moins maladroit et moins démonstratif que ce dernier, ce nouvel opus clairement plus traditionnel et moins efficace demeure une réelle désillusion.