Il y a beaucoup à dire sur
Drudkh et en même temps, il y a peu. Ce groupe fascine et intrigue par le mystère dans lequel il évolue (et les pseudo-polémiques auxquelles certains l'ont parfois mêlé), ses membres refusant toute interview, ne se produisant pas en concert et n’ayant ni site, ni myspace officiel. Cependant, l’entité slave compte en son sein des personnages connus de la scène ukrainienne (
Blood Of Kingu,
Astrofaes,
Hate Forest) et malgré cette discrétion volontaire,
Drudkh compte aujourd’hui des admirateurs fervents, un public restreint mais profondément réceptif aux atmosphères de déchirement, d’attachement à la nature et aux racines que les Ukrainiens s’emploient à évoquer.
Season Of Mist, leur nouveau label, s'est lancé dans la réédition de l'ensemble de la discographie de
Drudkh et en mai 2010, c'est donc au tour de
Blood In Our Wells (accompagné de
Songs Of Grief And Solitude) de (re)sortir conjointement : une bonne opportunité surtout de (re)découvrir la talentueuse formation ukrainienne, car si les disques ont été re-masterisés et ont droit à un nouvel artwork, ils restent identiques aux originaux.
Rejetant en bloc le monde moderne et ses valeurs (ou plutôt son absence supposée de valeurs),
Drudkh façonne sur Blood In Our Wells une fresque musicale aux sonorités black metal décharnées, à la beauté irréelle (
Furrows Of Gods) et à la mélancolie omniprésente. La nostalgie qui se dégage de ce disque est puissamment évocatrice, tandis que le côté épique des compositions (
Solitude) vient nous glacer le sang, nous perdre dans quelque sombre forêt d'Europe orientale, là où rôdent les loups, où les corbeaux croassent dans le ciel brumeux de quelque campagne reculée, avant que les étoiles ne viennent illuminer la voûte céleste de leur éclat glacial et solitaire.
Si vous êtes sensibles aux premières sorties de
Burzum par exemple, à une noirceur mystique et épique à la fois, profondément enracinée dans le passé, vous serez certainement conquis par ce disque intense et prenant. La remasterisation du son, sans pour autant en dénaturer l’essence, donne notamment davantage de poids aux guitares, ce qui permet d’accentuer le côté poignant et émouvant de la musique de
Drudkh, que les claviers viennent rehausser de leur présence lumineuse (
Ukrainian Insurgent Army). Essentiellement instrumentale, privilégiant l’ambiance et les rythmiques lancinantes et déchirantes,
Blood In Our Wells est une œuvre contrastée et atmosphérique, dont la noirceur palpable cache un hommage vibrant aux traditions ancestrales, une certaine forme d'optimisme aussi (
Eternity), qui les éloigne d'un black foncièrement dépressif.
Drudkh nous offre en effet, avec ce
Blood In Our Wells, une musique riche et paradoxale entre dissonance et harmonie, tiraillée entre l'expression des sentiments les plus noirs et la beauté la plus simple, celle de la nature, des légendes et de la contemplation, tournée vers l'expression la plus authentique des émotions humaines à l'aide de morceaux pourtant longs, complexes et réellement ambitieux.
A la fois désenchantés et enchanteurs, ces six titres, qui s’étalent sur 50 minutes tout de même, nous transportent très loin d’ici, hors des villes et de leur béton déshumanisant, vers des sphères autrement plus élevées et inspiratrices. Ils contribuent aussi à faire la démonstration que le black metal est un art à part entière, un art inaccessible au public lambda certes, un art obscur et incompréhensible pour le non "initiés". Mais celui qui pourra (ou osera) franchir les ténèbres environnantes se trouvera face à une révélation d’autant plus magistrale qu’elle aura été longue et difficile à atteindre…