Il y a des groupes comme ça, qui ne viennent de nul part et qui sont une carte de visite des Cavaliers de l'Apocalypse. Ram-Zet est de ceux là. Après un premier album,
Pure Therapy, passé inaperçu à sa sortie en 2000 malgré des qualités évidentes, le groupe norvégien, le seul à avoir été signé sur un label finlandais (ici Spikefarm, filiale de Spinefarm), sort cet Escape renversant.
Avec Ram-Zet, il faut oublier les constructions d'album classiques. Le groupe mélange allègrement les genres, souvent au sein d'une même chanson. Une fibre progressive, donc, propice aux breaks hallucinés et autres changement de rythmes assassins. A la base, on a un black metal mélodique mâtiné de gothique, de heavy, avec un soupçon de metal indus. En définitive, on a une mixture dangereusement explosive et surtout, totalement jouissive. Un metal avant gardiste éloigné des groupes de "black" comme
Vintersorg ou
Arcturus.
Mais Ram-Zet, c'est avant tout un concept. Le groupe développe d'album en album l'histoire d'un schizophrène (Zet) qui cherche à fuir l'asile. Ici, il est aidé par une infirmière (Sfinx) et à mesure que le récit progresse, l'auditeur est plongé dans la dramatique romantique de l'histoire.
A l'instar du concept, la musique prend des atours schizophréniques. Un violon vient répliquer à la guitare en une gigue morbide ou alors, il vient créer une ambiance morbide, nauséeuse ; les rythmiques intrépides viennent apporter un sentiment d'urgence tandis que les vocaux écorchés de Zet viennent se mêler à la voix cristaline de Sfinx de façon peu orthodoxe. On est loin du black symphonique et on ne peut même pas comparer le chant féminin avec
Nightwish ou
Within Temptation. Loin d'être faiblard, il est au contraire comme possédé sans que cela ne s'approche du démoniaque ou de la démence. Mais on peut avoir des références cinématographiques, comme Seven ou Identity. C'est sombre, c'est glauque, étouffant mais sensationnel. On ferme les yeux, on est dans cet asile, on a envie de hurler sa détresse, mais c'est implacable, ça nous prend à la gorge, ça pose des lèvres humides de sang sur notre joue. On tremble, on est oppressé. C'est ça la folie ? On ne préfère ne pas le savoir. Nulle paix n'est possible, tout passage plus serein ne peut être que le calme avant la tempête. Mais peut-on parler de sérénité ? Ram-Zet va loin dans son délire, il nous agrippe de ses doigts, les plante sans ménagement dans le cuir chevelu et il nous fait face, les yeux dans les yeux, écarquillés par la folie, à nous jauger, avec un sourire désespéré aux lèvres. On en sort pas indemne de cet album. Il s'insinue en nous et il nous hante. On doit le dompter, alors on le repasse, encore et encore et on se mord les lèvres. Sommes-nous plus fort que lui ou sommes nous possédés ?
Escape est un disque d'une rare intensité. Aucun des morceaux n'est faible, l'ensemble est homogène, presque parfait. On en peut qu'applaudir cette performance. Peut-être le meilleur album de ces dix dernières années. En tout cas, je n'ai plus été aussi malmené par une musique depuis cet opus magnifique.