Peut-on parler de l'album A Night At The Opera sans mentionner Bohemian Rhapsody ? Pas facile vu que c'est l'arbre qui cache la forêt. Parler de ce disque sans évoquer l'un des titres rock les plus célèbe, c'est s'exposer à une certaine censure. Mais tout rattacher à Bohemian Rhapsody, c'est dénigrer le reste qui ne démérite pas.
Mais revenons à la base de cet album. A l'origine, Queen voulait enregistrer un album double. Mais le management du groupe a vite posé son véto : c'était une opération suicide vu que si
Sheer Heart Attack a connu un certain succès, il était encore insuffisant pour assurer des ventes correctes. Le groupe fait contre mauvaise fortune bon coeur et accepte d'enregistrer deux albums distincts. Le second se nommera
A Day At The Races ; tandem indissociable dans l'esprit des fans, deux références aux films des Marx Brothers (injustement boudés en France). Ensuite, Mercury se prend la tête, toujours avec le management, au sujet du single. La maison de disque voulait une version edit. Freddie répondait "fuck you I won't do what you tell me", inspirant de façon indélébile
Zach de la Rocha de
Rage Against The Machine (merci de ne pas me prendre au sérieux sur ce point !). Le chanteur n'en fait qu'à sa tête et fournit les bandes de Bohemian Rhapsody a un ami DJ sur une radio. Le titre remporte un tel succès (une fois de plus, à contrario des critiques des professionnels de la musique) que la maison de disque s'empresse de sortir le single tel quel et permet à Queen de tourner ce qui s'apparente à un véritable clip vidéo avec effets spéciaux. Grand changement par rapport aux vidéos live habituelles des groupes de l'époque.
A Night At The Opera s'inscrit dans une époque, les '70, une époque où toutes les extravagances étaient permises. Et ça, Queen ne s'en prive pas. Bon, revenons rapidement sur Bohemian Rhapsody : ce morceau représente à lui seul la propension de Queen de passer du coq à l'âne, ou plutôt de la ballade au hard rock, sans oublier diverses fantaisies comme cette partie inspirée de l'opérette. L'opérette, on la retrouve d'ailleurs sur l'album : Lazing On A Sunday Afternoon et Seaside Rendezvous apportent une touche de fraîcheur bienvenue. Pas que l'ensemble soit lourd, au contraire, mais il y a tellement de styles abordés sur ce disque que cela fait office de courte pause inattendue, complètement folle, irrésistible. On croise des ballades magnifiques (Love Of My Life, '39), de la pop (You're My Best Friend, Good Company), du hard rock qui tache (Death On Two Legs, Sweet Lady), et un titre qui est tout aussi impressionnant que BR (ben ouais, j'essaye de pas la citer, alors je triche) : The Prophet's Song, long morceau épique, le plus long morceau studio signé Queen, où Brian May réussi à toucherle mystique. Sans oublier l'hymne national britannique pour clore le spectacle en beauté.
Queen a vraiment réussi à s'épanouir. Après des débuts un peu laborieux, le groupe arrive enfin à maturité et il impressionne par son inventivité et par les délires guitaristiques de Brian May, de plus en plus libéré. A Night At The Opera, c'est un feu d'artifesse, un melting pot d'influences diverses, une oeuvre baroque et intrépide.