Pourtant connu pour être l’un des défenseurs les plus ardents d’un
traditionalisme germanique immuable, tout au long d’un chemin ou il défendit essentiellement ses convictions à l’aide d’œuvres Heavy/Heavy Speed/Heavy Thrash certes mélodiques mais toujours d’une âpreté achevé, et dont, d’ailleurs, la dernière en date,
End Of All Days demeure un parfait exemple de cette rudesse très allemande ;
Rage va néanmoins faire preuve d’une géniale audace en nous offrant le témoignage le plus remarquable de son éclectisme insoupçonné. Une démarche créative fascinante dans laquelle il pense sa musique de manière totalement contradictoire. Paradoxalement c’est donc en basculant dans un concept extrêmement opposé à sa démarche habituelle, mise en exergue par la présence de l’orchestre symphonique de Pragues, que
Rage va donner vie à ce qui va s’imposer, pour lui et pour nombres d’autre, comme une révélation.
A l’instar de
Deep Purple et de son Concerto for Group and Orchestra, retranscrit lors d’un concert au Royal Albert Hall de Londres, accompagné du Royal Philarmonic Orchestra en 1969,
Rage va tenter la même expérience avec un orchestre tchèque. L’entreprise demeure périlleuse, l’échec de Jon Lord dans le domaine restant prégnant, l’artiste ne parvenant, en effet, pas à faire l’osmose entre ces deux mondes, à priori, bien trop divergent, et ce même si le concerto, entièrement composé par Jon, offre des moments tout à fait superbes. L’essai de
Rage, né de cette confrontation entre leurs aspirations rugueuses et celles plus harmonieuses des tchèques prends, quant à lui, la forme d’une œuvre sortis en 1996 baptisée
Lingua Mortis.
Enregistré dans les conditions particulières du direct, le mixage de cette œuvre devient très vite problématique. En effet, le déséquilibre entre
Rage et l’orchestre de Prague reste bien trop souvent en défaveur des allemands. Souvent égarés au cœur de cet océan d’harmonies, Peavy et les siens peinent donc à affirmer leur singulière identité. De telle sorte que l’œuvre manque d’équilibre, pour ceux qui, comme votre humble serviteur, bien qu’ouvert d’esprit, restent attachés à une certaine énergie propres aux musiques Metal. Toutefois si le résultat reste, quelque peu, décevant, l’ensemble précaire donne, tout de même, corps à une démarche courageuse. Cette chair délicieuse, et maladroite à la fois, reste séduisante de par ses idées enthousiasmantes même si elle ne parvient pas totalement à convaincre de par sa performance.
Quoiqu’il en soit le délicieux In a Nameless Time, ou encore, par exemple, le remarquable medley, comportant d’anciens titres de
Rage, à savoir Don't Fear The Winter, Black In Mind; Firestorm, Sent By The Devil; Lost et In The Ice apparaissent comme d’excellents symboles de cette conception musicale délicieusement particulière.
Lingua Mortis, malgré ces imperfections évidentes, définit cependant les prémices d’un changement ‘‘symphonique’’ essentiel à la fois pour
Rage et à la fois, plus largement, pour une scène en devenir. Elle s’inscrit comme l’une des premières ébauches, presque, réussi d’une synergie entre un univers grandiloquent classique et un autre plus virulent Metal. L’œuvre est donc historique et à ce titre, oubliant ces défauts négligeables, mérite, tout à fait, nombreuses éloges dithyrambiques dont elle est l’objet.