La fête sauvage et échevelée débutée dans
Spirit of the Forest continue dans
Tales Along this Road ; au fond de leur taverne obscure et malodorante, les rudes paysans Saami se sont à nouveau réunis, et une fois de plus leurs chants et leurs danses font trembler les vieilles poutres noircies par la fumée… Rejoignons-les dans leur ronde infernale, et que nos cris et le martèlement de nos bottes s’élèvent jusqu’au ciel ! Et surtout… SOULONS NOUS !
A cet effet commençons par
Happy Little Boozer, un produit de choix. Une petite intro à l’accordéon et à la guimbarde comme seuls ils savent le faire, et le son explose. On retrouve avec plaisir le chant mi-traditionnel mi-hard rock de Jonne Järvelä, et le chœur de ses comparses reprenant le refrain. L’une des chansons parmi les plus connues du groupe, elle fait la description de l’ivrogne de la taverne, mégalomane mais compagnon de beuverie hors pair.
Enchaînons avec
Väkirauta, marquée par des riffs heavy et un chant un peu différent, plus traditionnel et cadencé avec la musique, pour donner un effet un peu scandé, très entraînant. Elle est entièrement en finnois, ce qui donne un effet un peu rugueux du fait des consonances.
Vient ensuite
Midsummer Night, introduite par une mélodie jouée au violon et à la harpe. Il s’agit d’une de ces chansons shamaniques de leur spécialité, jouant sur l’alternance de deux chœurs, chacun répétant un refrain différent. Un air triste et lent, mélange de jouhikko, de guimbarde et de cris d’oiseau sauvages (quelques choses dans le genre buse), et voici
Tuli kokko, assez proche de
Väkirauta, dans la technique de chant, les riffs et les paroles en finnois. Le chant est dans la gamme triste, et la piste finit par un air instrumental reprenant les instruments du début, plus la batterie et un peu de flûte, et finissant sur une note unique prolongée ; ça n’est donc pas trop répétitif.
Suit une petite transition instrumentale beaucoup plus enthousiaste, mélangeant un peu tous les instruments du groupe, tant traditionnels que batterie et guitare ; c’est
Spring Dance. Sa position, son nom, ce qu’elle évoque, tout cela rappelle un peu
Moondance du deuxième CD de Nightwish.
Under the Sun rompt avec les autres, car donnant un rôle prédominant au chœur, et introduisant des mélodies traditionnelles au beau milieu des chansons, entre deux airs de guitares. Jusqu’ici les deux types de musique étaient peu mélangés.
Et voici [Korpiklaani]], éponyme et emblématique du groupe ! Que tous ceux qui ont une chevelure l’agitent avec la rage de Thor affrontant le loup Fenrir au jour de Ragnarök, car il est temps de prouver qu’on est en vie ! Le rythme est entraînant, la rage de vivre qui en émane est contagieuse ; demain, peut être l’un d’entre nous sera mort à cette heure, alors ce soir libérons le feu qui court dans nos veines...
Rise suit ; plus heavy et violente, elle appelle la malédiction des anciens dieux sur la tête des prédicateurs armés de croix et de Bible, venu extirper les anciennes croyances par le fer et par le feu… Sans transition,
Kirki démarre sur les chœurs et le son métal. Une petite chanson en finnois, chanson grivoise au rythme rapide plongeant l’auditeur dans une atmosphère de fête de village. Une dernière piste bien chargée en folk et en heavy,
Hide Your Riches, et la fête se termine. Le patron de l’auberge, aidé de ses gens, vient ramasser sous les tables les fêtards ivres morts pour les charger dans des brouettes et déverser le tout sur le seuil. Demain, la tête lourde et la gorge pâteuse, ils se traîneront jusqu’au foyer où leurs épouses, un bâton de chêne vert à la main, attendent…
On l’aura compris,
Tales Along this Road est un excellent album ; néanmoins les arrangements instrumentaux sont moins complexes que dans les précédents ; la musique se fait un peu plus heavy, même dans l’unique transition instrumentale. Globalement, les thèmes des chansons tournent plus autour du shamanisme, des esprits des forêts et ainsi de suite, beaucoup moins des finnois eux-mêmes. Les évocations de la vie d’autrefois telles que dans
Old Tale ou
Cottage and Saunas, dans l’album précédent évoquaient la dureté d’un peuple vivant dans un milieu rude. Bon d’accord, cet aspect me plaisait d’autant plus que ça me rappelle mes racines paysannes ; mais il est à craindre qu’en se détachant des leurs, Korpiklaani ne finisse par s’engluer dans un folklore de carton-pâte…