Est-il intéressant, de nos jours, de parler de cet album en le découplant du mini album. D'un point de vue déontologique, il conviendrait de les séparer. D'un point de vue pratique, l'intérêt est minime : peu d'évolutions, voire pas du tout et surtout, le mini LP est disponible sur le même pressage depuis 1989.
Depuis 1978, année de naissance de la première forme du groupe (alors sans Weikath), le groupe n'a eu de cesse à vouloir apporter de la vitesse dans un style où Exciter de
Judas Priest était alors considéré comme un titre speed.
Accept,
Iron Maiden et
Running Wild montraient la voie ; en France,
ADX pourrait être considéré comme les véritables inventeurs de ce qui se nomme vulgairement speed mélodique si Helloween n'avait fait apparaître deux morceaux sur la compilation
Death Metal initiée par Noise, une maison de disque allemande friande de jeunes talents qu'elle peut exploiter pour pas cher. Un buz se forme autour du groupe et le premier mini album apportera une certaine reconnaissance au groupe.
Déjà, y a une mascotte : Fangface, qui apparait au milieu d'une citrouille qui s'ouvre en deux. Sans oublier un jeu de mot sur Halloween (avec Hell, signifiant enfer et je ne vous prends à peine pas pour des demeurés là...). Pourtant, tout n'est pas parfait; Certes, c'est rapide, limite thrash par moment, les soli sont bien exécutés même s'ils manquent parfois d'originalité, mais le problème vient de la voix de Kai Hansen. Ce dernier est parfois à la peine et tenir la note juste n'est pas une de ses spécialités. Et faire passer les émotions n'est pas dans ses attributions (cf Cry For Freedom où Hansen tente tant bien que mal d'être propre sur le premier couplet). Mais ce mini est radical. Musicalement, ça le fait, l'ensemble est brutal, meurtrier. Le groupe canalise la violence sans se défaire de mélodies essentielles héritées du heavy metal traditionnel.
Mais il est temps pour le groupe d'enregistrer un album complet. Walls Of Jericho apparaitra en 1986 et ne montre pas de différences flagrantes avec le mini-lp. Sauf peut-être le chant et encore, les améliorations ne sont pas extraordinaires. Mais Helloween confirme dans un style qui n'en était alors qu'à ses balbutiements et propose de très bons morceaux au milieu de quelques râtés. Ainsi, après une courte intro mettant en scène des trompettes, les guitares arrivent de façon agressive, ponctuées par un hurlement strident. La simplicité du refrain tranche avec le long solo de la chanson où Hansen et Weikath se partagent le travail. Cela sera l'une des marques de fabrique du groupe et Ride The Sky l'un de leur premier classique. Rapide, élaboré sans être trop compliqué et prise de tête, puissant, le groupe séduit instantanément. Le groupe peut même être impressionnant et on imagine aisément l'impact qu'il pourrait avoir avec un bon chanteur (Metal Invaders, reprise d'un des deux morceau apparaissant sur la compilation Death Metal, deviendrait un classique parmi les classiques). Le groupe sait aussi puiser dans les mid tempos pour donner du contraste à ses réalisations : Phantoms Of Death ou Gorgar sont bien foutus et permettent de créer de petites pauses qui aident le groupe à ne pas devenir chiant à force d'en mettre plein la vue (si
Dragonforce pouvait prendre exemple...). Helloween apprend également à nuancer son propos. Cry For Freedom avec une texture simple : intro calme et on envoie la sauce. How Many Tears est construite sur une rythmique speed, proche du thrash contrebalancé par des couplets plus posés, laissant place à des ponts soignés et mélodieux avant un refrain plus rentre-dedans. Les soli se succèdent jusqu'à cette partie aérienne et mélodique, proche de la ballade et la brutale reprise vient faire un contraste saisissant. Une réussite, le second grand classique du groupe.
L'édition se termine par un Judas plus conventionnel, un single sorti après Walls Of Jericho, qui sera la dernière production où Kai Hansen officiera en tant que chanteur pour Helloween.
L'édition de 2006 propose un disque bonus. Passons rapidement sur les présences inutiles des remixs de Ride The Sky et Murderer, gâchés par une basse trop présente et arrêtons nous sur le réel intérêt de ce disque : des versions live d'époque et surtout les deux morceaux figurant sur la compilation Death Metal, Oernst For Life et la première mouture de Metal Invaders, vu que ladite compil est aussi facile à trouver qu'un jongleur amputé d'un bras.
Sans être parfait, Walls Of Jericho forge la légende d'Helloween et deviendra un classique du genre. Un disque puissant, mais moins classieux que ses deux petits frères.