Les années 80 auront été particulière pour
Rush. L'expérimentation a été de rigueur, avec de nombreux claviers et une guitare souvent reléguée au second plan, pour une série d'albums qui n'ont pas à rougir vu leur qualité, mais qui restent souvent ceux qui sont un peu délaissées par les fans. En 1989, les Canadiens débarquent sur le label Anthem de Atlantic Records pour produire leur treizième album studio, un Presto à la pochette fort sympathique à condition d'aimer les léporidés (et oui, en civet c'est excellent, mais pensez à vérifier la forme du crâne et des pattes chez votre boucher habituel).
Et si
Rush conserve toujours ses synthés, on note que la guitare de
Alex Lifeson se fait plus présente, voire plus percutante, même si Presto n'est pas un pur album de hard rock. On ne va pas non plus crier à la supercherie. Ce disque est tout bonnement très bon et étrangement intemporel. Ne serait-ce le clavier, le situer dans le temps s'avère assez difficile car il parvient à sonner encore aujourd'hui de façon assez moderne, dans la plus grande tradition de
Rush, avec un certain panache tout en subtilité qui fait de ce groupe l'un des grands du genre (qui n'a jamais réussi à séduire pleinement la France, mais ça, c'est une autre histoire).
Pourtant, on pourrait dire que Presto est un opus très calibré, qui s'échine à ne pas partir dans tous les sens, qui tend à rester homogène. Les refrains sont comme d'habitude très travaillés. Ils restent facilement en tête, même si le batteur
Neil Peart traite de sujets assez sociaux, il n'en oublie pas la mélodie vocale, composante essentielle au bon équilibre de
Rush et on apprécie la démarche qui n'est pas franchement mercantile. Cela s'inscrit dans une logique d'écriture en perpétuelle mutation que la formation conserve coûte que coûte. On se laisse facilement bercer par la voix de
Geddy Lee, toujours aussi aigüe, mais en aucun cas irritante. Elle se marie parfaitement aux lignes rythmiques et mélodiques construites par les musiciens, avec toujours ce bémol (mais en est-ce un à l'écoute du résultat ?) du clavier omniprésent, ce qui peut représenter un frein pour certains réfractaires aux synthétiseurs.
Pourtant, les bons titres ne manquent pas, tour à tour punchy (
Superconductor,
Red Tide) ou plus posés (
War Paint,
Available Light), qui délivrent un bon rock aux tendances hard, saupoudrés d'une complexité somme toute prog même si les morceaux réellement longs ne sont pas légions. Ceux-ci tournent entre quatre et cinq minutes en moyenne, de quoi délivrer une mélodie, un bon riff, des paroles bien amenés et ponctuées par des refrains mitonnés aux petits oignons, un solo court mais racé. Pas de quoi se prendre la tête, Presto reste un album réellement abordable pour tout public, néophyte comme connaisseur et mérite amplement qu'on braque un projecteur (j'ai dit : un projecteur, n'allez pas écraser un lapin sur la route en l'aveuglant avec vos phares de voiture, bande de monstres ! Hein ? Oh. Bande de metalleux alors !).
A part un ou deux titres qui pourraient s'apparenter à du remplissage, Presto accomplit complètement son oeuvre en ouvrant de nouvelles portes à
Rush qui va revenir progressivement à une formule plus en corrélation avec les attentes de son public. Un disque hors d'âge, qui durera des années grâce à son étrange modernité et au sens de la composition de ses concepteurs. Bref, Presto, même s'il n'est pas l'album le plus connu de
Rush, mérite que l'on s'y intéresse, la découverte en vaut la peine. Un des meilleurs pour les années 80, ne serait-ce que pour les photos des musiciens qui nous rappellent que le mulet, c'est le mal.