Avec son premier album,
Queen s'était ouvert la voie en usant de temps en temps de forceps, ce qui lui donne une drôle de tronche. Clin d'oeil à
Led Zeppelin, ce second opus est numéroté (Led Zep en avait fait 4 ainsi) et semble de premier abord se placer dans la continuité de
Queen l'album. En effet, les premiers morceaux sont dans la même mouvance, c'est à dire hésitant entre un hard rock relativement sobre (Father To Son) et glam rock pas toujours très inspiré (White
Queen, Some Day One Day). Brian May se trouve être le principal compositeur des cinq premiers morceaux (le batteur Roger Taylor est responsable de l'étrange Loser In The End) et on peut se sentir déçu. Très en-deça des espérances que l'on pouvait placer en
Queen, cette première partie est très moyenne, le groupe n'arrive pas à envoyer la sauce. L'énergie live fait toujours défaut et pourtant, un morceau comme Father To Son en aurait grandement besoin. Brian May est pourtant un guitariste et on pourrait croire qu'il est timide, qu'il n'ose pas s'imposer.
On se dit : "foulala, ça s'annonce mal cette histoire. Si les coucougnettes ne veulent pas descendre, autant s'arrêter là de suite, hein". Ce qui serait une erreur bien singulière.
En effet, Freddie Mercury prend en charge le restant de l'album et là, on passe à la nuit; On se penche sur le livret. Il y a une face blanche et une face noire. Cette dernière débutte par Ogre Battle, un titre d'une rare intensité, très typé heavy metal à la
Black Sabbath. Ce n'est pas franchement fluide, mais l'effet est assuré. On reste dans l'étonnement : en effet, cette chanson est couplée à la suivante. En fait, il s'agit d'une longue suite de cinq morceaux, progressive dans la construction. On passe d'un hard violent à un rock rapide ponctué de grosses guitares avant de céder sur un court passage dans l'esprit de
Led Zeppelin et déjà, on se retrouve face au gros morceau : The March Of The Black
Queen, une oeuvre épique et puissante, avec une prestation vocale exceptionnelle et des choeurs sublimes. On en oubli presque qu'il y a un autre morceau complétant cette suite. Pour cause : Funny How Love est bien plus faible.
Et pour finir en beauté, on se retrouve avec le single Seven Seas Of Rhye qui fut le premier véritable succès de
Queen dans les charts anglais, se classant à la 10ème place. A l'origine un court instrumental sur le premier album, Mercury
dope sa composition d'une guitare puissante et pose un chant rapide et hargneux à la fois dessus. La réussite est au rendez-vous.
Queen est en train de gagner son pari et la face noire de cet album décomplexera le groupe. Il reste d'ailleurs le préféré de Brian May. Chez les fans, cet album est sujet à diverses polémiques; Il y a ceux qui ne jurent que par lui et ceux qui s'en moquent un peu. Sans une première partie pâlotte, il aurait pu être un des disques de hard rock référentiels, un classique du genre. Il y a trop de faiblesses pour cela, malheureusement.