Il y a des albums et des groupes qui, non content d’être des ovnis, sont aussi des révélations que l’on attendait plus. This is our machine and nothing can stop it laissait pourtant déjà entrevoir le potentiel destructeur des irish de And so I watch you from Afar et l’arrivée de leur premier album éponyme ne fait pas seulement que confirmer ces espoirs mais bien dépasser toute attente.
Car il est de plus en plus difficile de reconnaître dans le Post/Rock de la nouveauté, les groupes plagiant bien souvent les ténors Sigur Ros ou Godspeed you Black
Emperor ! pour ne citer qu’eux ; et bien souvent, on peine à retrouver un brin de frissons des premières plongées dans ce style à la note larmoyante facile. Chez And so I watch you from Afar, le constat est simple : on a affaire à un combo qui veut faire autre chose que de l’envolée progressive très convenue, on a dans les oreilles une musique qui ne s’impose aucune limite.
Les irlandais de Belfast jouent toujours ce Rock instrumental endiablé digne des meilleures formations aux cojones bien remplies. Très influencé par la scène Post/Rock, le groupe se permet des digressions mélodiques dépaysantes dans son climat tortueux comme sur « I Capture Castles », issue du premier EP tout comme "The Voiceless"et rappelant Explosions in the sky. La fourchette d’influence est large mais And so I watch you from Afar ne fait pas de la repompe, loin de là. Il combine habilement des parties Math – très souvent même – à des pétarades Metal bienvenues tout en n’oubliant pas de faire progresser l’ensemble vers des envolées souvent courtes mais efficaces (« Clench Fists, Grit Teeth…Go ! »). Ici, pas de larmes sans fin lâchées après l’écoute d’un morceau crescendo de 17 minutes, les titres – sans être courts – évoluent et d’une façon remarquable. Les 11 morceaux composant l’album ne se ressemblent de plus sur aucun plan, chacun ayant ses apports à l’entité musicale, le groupe délivrant un album au schéma complexe mais travaillé dans la construction, si bien que l’ennui ne s’immisce jamais dans l’écoute.
Et en même temps, comment cela pourrait-il être possible ? And so I watch you from Afar joue fort, rapide, ralentit, accélère, décolle, atterrit et ne relâche jamais l’attention de son auditeur, lui garantissant un plaisir renouvelé et une surprise à chaque nouvelle mesure (« Start a band » dans des parties Rock doucereuses mais enivrantes). A l’écoute de cet album éponyme, on est happé par toute la force et le talent des irlandais, on se sent renaitre et par là même on sent renaitre un genre que l’on croyait mort. Les mélodies souvent barrées procurent ce « on ne sait quoi » qui fait que l’on prend son pied et que bien souvent, on se pète les cervicales de plaisir (aaaah l’entrée « Set guitars to kill » !). Le combo se libère des carcans de chacune de ses influences (le Post/Rock en premier) et redéfinit le genre avec brio et de manière très enjouée (et là comment ne pas citer « Don’t waste time doing things you
hate » forte de chœurs et de cris à la bonne humeur contaminante enregistrés par des amis), se créant par là-même un style propre, un son unique.
Vous l’aurez compris, il apparaît difficile de passer à côté de And so I watch you from Afar. Chaque titre pourrait entrainer une dissertation sur les possibilités des mélanges extra-musicaux. La formation irlandaise distille ses matériaux pour en faire une mixture propice à la folie, on nage dans un bain de bonheur et les accalmies plus mélancoliques apparaissent parfois, pour mieux être détruites après, souvent dans un Math/Rock totalement délirant. And so I watch you from Afar ne se refuse rien et à l’écoute de ce premier album, déjà référence, vous tomberez ou retomberez amoureux du Post/Rock et surtout de la musique électrisante de ces jeunes prodiges.