Voici donc le deuxième album de
Korpiklaani après sa mutation en groupe de métal ; il comporte plusieurs des chansons les plus connues du groupe, en particulier
Beer Beer et
Hunting Song. A l’époque il n’y avait pas encore de vieillard avec des cornes de cerfs sur la pochette de l’album, mais tout le reste était déjà là : le violon, l’accordéon, les rythmes entraînant, et surtout la technique de chant si particulière de Jonne Järvelä : ni classique ni vraiment death, grondante et grognante comme un torrent de montagne ; souvent scandée et reprise en chœur par les membres du groupe. Elle est dérivée du chant yoik, c'est-à-dire du chant traditionnel Saami. L’ensemble à l’air tout droit tiré du moyen age...
On se croirait dans une taverne obscure et crasseuse, l’odeur des lumignons de bois trempés dans la résine imprègne la pièce, mêlé aux relents de poisson pourri et de bière aigre ; mais regardez là bas, dans le coin le plus sombre, cette bande de paysans hirsutes et crasseux, tout droit descendus des montagnes… Ne nous approchons pas, ces gens sont dangereux, mais écoutons. Sans se soucier du monde, ils jouent de leurs instruments rustiques pour accompagner la complainte rauque de leur camarade. Il chante la magie des forêts profondes et des fleuves rapides, et le courage des pionniers vivant dans ces terres sauvages parmi les bêtes…
On débute avec
Cottage & Saunas, et un air un peu plaintif d’accordéon et de guimbarde, mais bientôt la batterie arrive bientôt suivie de la voix du chanteur, et du groupe reprenant en cœur le refrain. Et qu’on ne s’y trompe pas, si on parle de chaumière et de sauna dans cette chanson, c’est pour les défendre contre l’envahisseur qui veut s’emparer de ce qu’on a construit… L’atmosphère est donc guerrière et pas du tout sentimentale.
On enchaîne avec
Journey Man, qui évoque le voyage d’un vagabond des forêt. On a droit à un bel air de batterie et de violon, la première apparition séparée de ce dernier. Sur la fin de la piste, un peu noyé dans la batterie, on a également droit à un court passage de chant de gorge exécuté par Virva Holtiton ; il s’agit d’une technique vocale traditionnelle extrêmement ancienne ; elle produit un son très grave, continu et modulé, provenant du fond de la gorge. On retrouve des équivalents un peu partout en Europe et en Asie, chez les populations très isolées de Mongolie par exemple.
Fields In Flames revient dans le registre guerrier, évocation de 200 cavaliers pillant et ravageant les campagnes… C’est l’une des chansons les plus sombre de l’album. Vient ensuite
[Pine Woods, une petite transition instrumentale. Mêlant au départ flûte et sonorités métal, elle s’interrompt vers le milieu, et laisse la place aux percussion seules ; puis la guitare revient en force, et on recommence sur l’air de départ.
Spirit of The Forest commence sur un morceau de chant yoik de la plus pure tradition Saami ; il revient par intermittence, tout le long de la chanson. On l’aura deviné, cette piste est la première allusion au fameux personnage coiffé des cornes de cerf ! Le refrain est unique en son genre : il comporte quatre vers ; Jonne Järvelä en chante une, s’arrête, tous ses camarades poussent un hurlement, la musique s’arrête et on passe au vers suivant !
Dans une atmosphère bien plus mélancolique,
Native Land évoque une fois de plus la beauté de leur Finlande natale, avec un brin de fierté chauvine. On sent curieusement des influences hard rock, surtout dans le cri : « Oh my native land » qui rappelle les premiers hurlement des chanteurs des années 70... Peut être n’est ce qu’un hasard.
Peu importe car
Hunting Song qui suit est une de leur chanson les plus mythique, le clip étant passé un peu partout. D’ailleurs je l’ai mis avec le groupe.
Ryyppäjäiset, de quelle manière que sa puisse se prononcer, nous offre ensuite une jolie transition instrumentale, avec notamment un air de jouhikko, sorte de vielle ou de violon traditionnelle finnoise, au son plus grave que le violon. On enchaîne avec une autre chanson mythique de l’album :
Beer Beer ! Avec un nom pareil, et avec le chœur hurlant « beer, beer » par derrière, il y a de quoi séduire tout bon métalleux !
On revient ensuite dans le répertoire mélancolique avec
Old Tale. C’est encore une histoire d’amour contrarié, d’un père voulant marier sa fille de force, et qui veut la tuer en découvrant qu’elle est enceinte… Il n’y a aucune niaiserie dans cette chanson, pas de sentimentalisme à la Roméo et Juliette. Rien qu’une histoire de paysan, une histoire ordinaire racontée avec simplicité et sans fioriture. Tous les paysans du monde on tous les mêmes malheurs, alors les mêmes chansons aussi… En tout cas c’est un morceau superbe, avec une intro instrumental soigné, mêlant guimbarde, violon, torupill (sorte de cornemuse des pays baltes, mais au son moins aigu).
On finit avec
Kädet Slipina, et une composition instrumentale très fine, respectant l’équilibre des multiples instruments et de la voix humaine, ce qui n’est pas évident avec des instruments aussi différents, et parfois aussi rares… Sans trop de batterie, sans guitare, c’est un mélange subtil de flûte et mandoline; une chanson calme, peut être plus folk que métal, mais très belle. Les paroles sont entièrement en finnois ; mais la traduction est à peine moins énigmatique. Il est question d’une procession de veuve, aux mains semblables à des ailes noirs ; elles marche vers l’Ouest (là où vont les guerriers mort), devançant l’appel de la guerre…
Elle conclut bien cet album à l’atmosphère tantôt guerrière, tantôt mélancolique, tantôt paillarde, bref, un condensé de la vie des anciens Finnois…