Si
Thin Lizzy n'a pas encore goûté pleinement à la gloire, cela ne saurait tarder. Bien sûr, cela ne se fait pas en un claquement de doigt. Il faudra attendre le single qui tue pour cela et ce single, c'est
Whisky In The Jar, un morceau traditionnel irlandais repris joyeusement par le groupe, avec une saveur très rock, le genre de morceau qui donne envie de taper du pied et qui, malgré la fait qu'il ne soit à la base que sur 45 tours et pas sur album, ne l'empêchera aucunement de devenir un incontournable de concert, le titre que les fans réclameront toujours, à chaque gig de
Thin Lizzy. Un incontournable, qui a connu une seconde jeunesse quand
Metallica l'a à son tour repris sur son Garage Inc.
Bref, un titre présent sur single, mais qui ne figure pas sur l'album
Vagabonds Of The Western World qui a l'origine ne contenait que huit titres. Une hérésie en somme. Mais est-ce un album à éviter pour autant, ainsi débarrassé de ce hit providentiel ? Non ! Parce que l'on assiste à la naissance d'un papillon. Encore un peu chétif, mais qui commence à montrer clairement vers quelle voie va se lancer la formation menée par le métis
Phil Lynott, une voie plus dure, où la guitare prend de plus en plus de droits, sans pour autant stagner à un seul style.
En effet, le groupe a cette faculté de passer du hard rock au blues, sans oublier des morceaux souvent gorgés de soul sur laquelle la voix chaude et sensuelle de Lynott fait des merveilles. Bref, un esprit éclectique est le bienvenue avant de s'enfiler cette galette qui, près de quarante ans plus tard, reste toujours aussi agréable à écouter et découvrir. On retrouve la sensibilité de Phil, qui éclate sur les ballades (
Little Girl In Bloom, bien aidé par un solo subtil de
Eric Bell qui n'en fait jamais des tonnes), on le découvre également bad boy dans l'âme, à hurler son amour pour le rock sur un titre très rentre-dedans pour l'époque, le bien nommé
The Rocker, qui deviendra lui aussi un grand classique du groupe, joué et rejoué maintes fois et dont l'efficacité n'est plus à prouver.
La basse reste toujours très présente également, formant avec l'apport à la batterie de
Brian Downey une rythmique solide. Mais Lynott ne se contente pas du minimum, il se sert de son instrument pour colorer les morceaux avec des passages funky en diable, ce qui sera souvent une constante chez
Thin Lizzy. L'approche musicale est donc très ouverte, même si on assiste à un durcissement du ton bien amené, sans heurts, sans que le disque soit déséquilibré. Cependant, on peut regretter quelques longueurs, les morceaux tirant parfois sur la corde avec de longs passages qui survivent parfois mal à l'épreuve du temps et qui sont les témoins frustrant d'une époque fortement teintée de kitsch (
A Song For While I'm Away aurait mérité un meilleur sort avec l'apport des cordes, par exemple, mais elle peine à se sortir d'un carcan gnangnan. Dommage, car il y avait là un sacré potentiel non exploité).
Vagabonds Of The Western World est un disque fort sympathique, qui définit bien plus clairement le son
Thin Lizzy que ses deux grands frères encore un peu timide. La formule est proche de la perfection ; il lui manque encore quelque chose, ce jeu à la twin guitars par exemple, qui marquera le hard rock de son empreinte, même si la fameuse tierce fera la renommée de
Iron Maiden. Ou encore ce talent pour terminer une chanson avant qu'elle ne devienne trop longue, se contentant certes d'un minimum mais qui compactera la musique du groupe pour lui donner plus d'impact alors que là elle est parfois trop bavarde. Il n'empêche, ce disque est bon à défaut d'être génial et ferait une bonne introduction au monde de Phil Lynott, avant de passer à d'autres merveilles.