Après un
Heading For Tomorrow qui sentait le
Helloween à plein nez (avec un soupçon de
Uriah Heep sur le morceau titre), on se demandait si
Kai Hensen allait pouvoir se défaire de ce carcan et évoluer vers d'autres choses. La réponse réside en ce Sigh No More, qui sort en pleine tourmente mondiale : entre le conflit Irakien et surtout, le déchirement de la Yougoslavie. Du coup, l'état d'esprit d'Hansen, habituellement plus joyeux, se teint de noir. Musicalement, cela se ressent et c'est là que se produit la cassure. Le groupe évolue vers quelque chose de moins foncièrement speed même si l'on retrouve toujours des morceaux rapides. Le son se différencie également de celui d'Helloween, il devient plus lourd et radical.
Symboles de ces changements, Changes et One With The World. La première est lente et désespérée. Le chant de Scheepers est gorgé de spleen, de désillusion avant un final qui laisse exploser sa rage en trouvant une accélération inattendue. One With The World débute quant à elle par une rythmique militaire avant que les guitares ne s'en mêlent de façon lourdes mais presque anecdotiques. Les couplets transpirent d'efficacité et de feeling et font un contraste avec les refrains plus light et dépouillés avant un solo tout simplement excellent. Du côté mid tempos, on peut également noter We Won't Stop The War et son rythme plus funkie ou l'étrange Spirit qui clôt l'album de façon élégante et déconcertante.
Du côté des speederies, comment passer à côté de Rich And Famous qui conserve un brin d'humour et des plus sombres As Time Goes By et Start Running ? Gamma Ray se montre efficace dans le style sans pour autant appeler à la redite. Là où ça se corse, comme disait Napoléon, c'est sur des compos comme Father And Son, ballade relativement inintéressante et surtout Countdown, à l'origine définie comme un "cd bonus" et qui aurait mieux fait de rester dans les tiroirs du groupe.
Mais le point d'orgue de cet album est peut-être bien l'épique Dream Healer qui propose une structure presque progressive, et développe une puissance tout simplement jouissive. Composition atypique pour le groupe, mais qui illustre à elle seule la ligne directrice de cet album.
Sigh No More est un album de bonne qualité, parfois trop timoré pour offrir plus, mais qui dans l'ensemble vaut vraiment le coup. Le déroulement est homogène, il n'y a pas de grands creux qualitatifs qui briserait l'ensemble. A découvrir malgré une pochette à la limite du ridicule.