Avec
Ritchie Blackmore, les choses ne sont jamais simples. Ses musiciens peuvent témoigner sous serment.
Graham Bonnet s'est illustré sur le très bon
Down To Earth qui marquait un tournant décisif dans la musique du combo. De hard rock épique, on passe à un hard FM soigné, élégant. L'ombrageux guitariste le remplace par
Joey Lynn Turner, chanteur du groupe
Fandango. Pour certain, ce choix n'est pas judicieux, Turner ayant l'air d'un dandy et pas dans le sens le plus noble du terme. Des termes peu flatteurs viennent souiller son nom, mais dans ce cas, il faut une distribution massive de décrotte cages à miel.
Joey Lynn Turner a une voix qui colle à merveille au style qu'adopte Blackmore sur ce disque. L'album est bon, mais il a un défaut majeur quand on le découvre de nos jours.
Tapant dans un hard FM destiné à cartonner sur les ondes (les reprises I Surrender et Magic), Rainbow sait aussi retrouver ses automatismes comme sur Spotlight Kid ou Can't Happen, deux morceaux rapides où Blackmore rappelle qui est le patron. Guitare agressive mais section rythmique très en retrait. Du Rainbow presque classique, il manque ce souffle épique qui caractérisait les anciens albums. On a aussi droit à deux formidables instrumentaux, Vielleicht Das Nachste Mal et Difficult To Cure. Le premier est dans l'émotion, avec une guitare poignante, des sentiments à fleur de peau. Le second est une autre reprise. De la IXème de Beethoven. Dans la seconde partie, le clavier vient s'incruster de manière sournoise, comme un clin d'oeil au film Orange Mécanique (souvenez-vous, la scène où McDowell invite deux femmes dans sa chambre).
Et on en arrive aux claviers. Le problème de ce disque quand on le découvre maintenant. Au début des années 80, les synthétiseurs se perfectionnaient, on arrivait à en tirer de nouveaux sons, ces fameux sons qui rendent la variété des années 80 d'un kitsch rarissime. Et Don Airey s'est grandement amusé avec ses jouets. Ce qui nous donne des interventions pas toujours capitales, étranges. L'intro de Magic déjà. Disons pour simplifier que Drucker en baverait : on dirait un générique d'émission de cet ancien journaliste sportif. Dans No Release, ce sont des claquements de mains qui semblent d'un autre âge. Ce qui n'est pas tout à fait faux.
Mais dans l'ensemble, Difficult To Cure est un bon disque de hard FM, qui donnera quelques lignes directrices pour les combos du genre. D'autres musiciens seront influencés par ce disque. Je pense à
Yngwie Malmsteen qui peut remercier Blackmore quant à sa propre carrière. Si vous aimez le style des années 80, cet album est pour vous. Si le côté cheap vous fait peur, risquez-vous plutôt sur le Rainbow des années 70, plus mouvementé.