Il fallait que ça arrive.
Nul n'est parfait, comme on dit.
Les géants ont tous des pieds d'argile.
Passé un certain âge, on bande mou.
Il y a des tas de platitudes qui pourraient se marier à cet album qui porte affreusement bien son nom. Sauf qu'on a envie de désobéir à ce souhait écrit de la main de Steve Harris.
Mais No Prayer For The Dying, c'est la chronique d'une mort annoncée. Il était facile de penser que le groupe allait marquer le pas après le départ d'
Adrian Smith, lassé qu'Harris essaye de lui passer une muselière. Il s'en va sous d'autres cieux et il est remplacé par la danseuse
Janick Gers (ex
White Spirit,
Gillan...) qui restera muet pour le coup. Puis le bassiste annonce un retour aux sources d'un point de vue musical. La perspective d'avoir des titres percutants comme sur un
Number Of The Beast ou un
Powerslave est alléchante. Même si
Somewhere In Time et
Seventh Son Of A Seventh Son sont de véritables pierres angulaires de la discographie de la Vierge de Fer (et vu le nombre de pierres angulaires que l'on aime placer pour ce groupe, on se retrouve avec une sculpture étrange, éternuée par Picasso), il paraissait difficile de faire un troisième album dans cette lignée sans la présence de Smith qui était l'un des instigateurs de ce son.
Mais bon, un album heavy est-il forcément bon quand il est signé Iron Maiden ?
Désolé pour ceux qui crient oui au fond de la pièce, mais non. Niet. Nein. No. Si ? No j'ai dit !
Parce que, ce qui se dégage de cet album, c'est un sentiment de remplissage tout le long du disque. L'inspiration n'est pas au rendez-vous et on rencontre des titres relativement convenus. Par exemple, le title track ressemble tellement à un morceau de Steve Harris que c'en est un. Mother Russia est gentiment épique mais n'apporte rien de neuf au moulin, Tailgunner est gentil en guise d'ouverture, même si ce titre a valu un procès au groupe (qu'un anglais confonde un Fokker avec Fucker, ça me laisse pantois). Dickinson s'adonne à un chant plus rentre-dedans, mais il n'est pas particulièrement savoureux. On attendait plus, on a moins. Il s'exprimera plus sur son premier album solo,
Tattooed Millionaire, sur lequel officiait également Gers. Et c'est ainsi que l'on se retrouve avec un Bring Your Daughter... To The Slaughter à la structure hasardeuse, mais avec l'un des meilleurs refrain sde l'album, destiné à faire chanter le public durant les concerts.
Que penser d'un Holy Smoke aux paroles rageuses (légère déception pour le chant, où Dickinson se contente de crier) et de son clip aux confins du ridicule ? Que penser de l'espèce de formatage sonore qui fait que très peu de morceaux sortent du lot ? Qu'Iron Maiden est fatigué et qu'il a laissé une partie de son âme derrière lui ? Il y a de ça. No Prayer For The Dying ne tient pas la comparaison avec les albums dont il a la prétention de se rapprocher et il représente la marche dans laquelle le groupe s'est pris les pieds. Même Derek Riggs semble à la traîne. Ses différents visuels pour les singles ou l'album en lui-même ne sont pas aussi accrocheurs. Elle semble loin l'époque où Eddie manipulait le Diable, où il était un étranger dans un pays étrange...
Grosse déception donc. Maiden prouve là qu'il est humain et se ramasse gentiment. Reste à savoir comment le groupe compte relever la tête après cet échec.