Après avoir fait la chronique de
Sirius B, quoi de plus normal que de se lancer dans celle de
Lemuria? Rappelons le contexte : les deux albums enregistrés et sortis simultanément, le budget et les moyens pharaoniques déployés... Ont entre autre participé à l’enregistrement un chœur et des solistes d’opéra, un orchestre symphonique, et au total pas moins de 171 musiciens et chanteurs !
Néanmoins les influences sont différentes d’un album à l’autre. Moins death que
Sirius B, Lemuria fait beaucoup plus appel à des influences heavy, avec par moments des voix à la
Iron Maiden ou des riffs classiques ; cependant les voix très death, voir black, apparaissent toujours par moments.
Preuve de l’influence heavy, la plupart des chansons commencent sur des airs électro, et non symphoniques, les chœurs et les voix classiques sont généralement associés à la batterie et à la guitare. On l’entend dès
Typhon ; débutant un solo de guitare saturée, la guitare et la batterie accompagnent ensuite les chœurs tout du long… L’effet que peut produire un chœur d’opéra chantant sur une musique électro est magnifique ; l’impression de puissance qui émane de l’association est étonnante. On trouve même une chanson ne comportant que des chœurs, sans aucun solo,
Quetzalcoatl. C’est là qu’on mesure le chemin parcouru depuis le hard rock…
Une autre nouveauté réside dans l’utilisation d’une voix à la
Iron Maiden dans
The Dreams Of Swedenborg et
Abraxas. C’est un changement par rapport au registre death qui a fait la réputation de Therion.
Au niveau classique également, les influences divergent. On trouve moins de traits Wagnériens, moins d’airs dans le style opéra. L’atmosphère est plus imprégnée de celle des Carmina Burana, l’autre grande référence classique du groupe. Concrètement, cela signifie une ambiance moins solennelle ; quelque chose qui se veut plus populaire et moins grandiose, bref plus accessible.
An Arrow From The Sun en particulier, est dans le plus pure style des Carmina Burana : basée sur l’alternance de la voix féminine et de la voix de basse, sans arrangement vocal compliqués, les chœurs un peu en retrait et intervenants en intervalles. Le tout avec des airs relativement longs et simples, que voix féminines et masculines interprètent chacune leur tour avec simplicité, en chantant sans faire d’effet…
Les airs sont d’une grande variété, parfois très triste comme dans
Lemuria, éponyme de l’album, l’évocation du mythique continent détruit par les dieux… Une grande mélancolie se dégage de cette chanson, car c’est ici la perte cruelle d’un monde merveilleux qui est évoquée, d’un âge d’or à jamais réduit en cendre. L’air lent, le lamento des chœurs, la voix de la soprano ; tout cela m’a d’ailleurs rappelé un passage d’Orphéo, un opéra composé par Gluck au XVIIème. Ce qui n’aurait rien d’étonnant, car visiblement Christofer Johnsson possède une culture musicale plus que très étendue ; je ne suis pas capable de reconnaître le quart des compositeurs dont il s’inspire, tant modernes que classiques, mais quand on arrive à en reconnaitre un, ça donne parfois de drôles de surprise !
Parfois, la musique devient au contraire joyeuse et enlevée, comme dans
Three Ships Of Berik - Part I: Calling To Arms and Fighting The Battle et
Three Ships Of Berik - Part II: Victory!, avec le leitmotiv de l’armée gothique partant à la guerre, et la marche triomphale célébrant sa victoire sur les romains, tous deux composés par Christofer Johnsson.
Parfois également, les chants sont en allemands, comme dans
Feuer Ouvertüre / Prometheus Entfesselt, et l’effet dépend de qui chante. En solo, la voix masculine accentue encore les sonorités tranchante et gutturale, alors que le cœur, au contraire, les gomme en partie du fait de l’effet de groupe.
Un mot sur les thèmes des chansons, qui prouvent une fois de plus la fascination du groupe pour tout ce qui est mythe et surnaturel…
Lemuria est le nom d’un continent disparu, qui aurait porté une civilisation humaine hyper évoluée, dans une théorie pseudo scientifique particulièrement bancale.
Nettement plus originale, l’évocation du dieu mexicain
Quetzalcoatl (littéralement « serpent à plume »), l’une des divinités les plus tordues inventées par les hommes. Après avoir permis aux espagnols de détruire le monde Aztèque et largement inspirés les ufologues fêlés, la légende aura donc également servi l’inspiration de nos suédois ! Comme quoi…
Moins mélodique mais plus puissant, plus heavy que
Sirius B, voila un album qui mérite d’être classé parmi les chefs d’œuvres !