Cet article n'a pas été écrit par un membre de l'équipe officielle de Metalship, et n'engage donc que son auteur, pas la rédaction du webzine.
Le grindcore est séparé en deux dimensions bien distinctes : le grind inaudible, confus, qui ne tarde pas à faire saigner nos douces oreilles et le grindcore structuré et carré mais laissant planer un voile de second degrès : voilà où se situe
Eating Shit. Formé en l’an 2000, après deux opus, les anneciens nous reviennent avec leur troisième autoproduction intitulée Paradox.
Dès l’artwork, le paradoxe opère de son charme inéluctable : en second plan des enfants rachitiques, extrêmement minces, soulevant la souffrance et le dégoût d'une pauvreté extrême. De l’autre, un enfant bien portant (un peu trop même..) renvoyant à la consommation à outrance. L’artwork se veut simple mais très efficace : dès le premier coup d’œil nous avons un premier pied dans ce que sera l’hécatombe
Eating Shit.
N’échappant pas à la règle incontournable des morceaux « express », le disque se divise en 24 morceaux pour 40 minutes. Hé oui, on parle de Grindcore, quand même… !
Le second degrès est omniprésent au sein de Paradox, notamment avec l’intro et l’outro jouées à… L’accordéon ! Humour décalé mêlant samples en tout genre, par exemple celui d'une voix de gosse au début de « Es 27« , de beat avec un « Boom Life » qui nous remue bien les tripes comme il faut ou encore petite interlude sonnant reggae, laissant planer une once de calme sur l'album, mais de courte durée car Eating Shirt est bien décidé à nous balancer leur son à la tronche.
Eating Shit ne se prend pas la tête, mêlant délire et grindcore bien ficelé, et c’est ça qui est bon !
La musique déroge à la règle sulfureuse qui veut que le grindcore sonne brouillon, comme une enceinte mal réglée.
La guitare, menée par Freud, se veut extrêmement efficace, se mêlant de paire avec la basse, grand manche officiant sous les doigts de Braack, nous servant ainsi des riffs à un rythme effréné, entamant une sorte de cortège lubrique, enflammant ainsi les cordes sans aucun mal et aucune gêne.
Le chant est principalement mené par l’Anguille, qui nous jette à la figure tantôt des growls caverneux au possible, propre au grindcore, comme par exemple dans « Wall e », et tantôt une voix plus "medium", tirant sur les aigües. Ces variations nous permettent de ne pas nous ennuyer et de manger une envolée de puissance et d’énergie à chaque titre. Notons tout de même que le chant est également soutenu par les voix de Braack et Freud, visant à une puissance encore plus extrême, ce qui ne va pas pour nous déplaire ! Des invités sont également conviés sur les morceaux de Paradox, notamment sur « Kill Earth » ou encore «
Eating Shit (remix 2009) ».
La batterie… Aah la batterie, ou plutôt cette absence de batterie. En effet, après avoir joué avec un batteur, c’est avec une boîte à rythme qu’officie désormais
Eating Shit, autant sur scène qu’en studio. Avouez, vous n’aviez pas remarquez la différence, n’est-ce pas ? Les "mangeurs de merde" s’en sortent très bien à ce niveau, arrivant à nous faire avaler la pilule de la boîte à rythme, chose qui ne se veut pas très évidente de nos jours.
Paradox porte bien son nom, la magie opère tout au long de l’album, nous emmenant progressivement dans le monde décalé et original d’
Eating Shit. Cependant, le groupe sort la tête de la vaseuse scène grind, comportant toute une tripotée de groupe se ressemblant les uns aux autres, et nous sert ici un grindcore agité comme on les aime, possédant un humour décalé mais sachant toutefois gardé sa part de sérieux, nous permettant ainsi de les suivre dans leurs délires. Et ça, on ne va pas s’en plaindre, on en redemande même. De la merde comme celle ci, on veut bien en manger tous les jours ! A quand le prochain ?