De l'aveu même de
Peter Tägtgren, un groupe comme
Slipknot n'est pas étranger à l'évolution de
Hypocrisy sur ce Catch 22, le Suédois stakhanoviste étant fasciné par le fait que la musique des Américains, brutale, puisse être diffusé à des heures de grande audience aussi bien à la radio qu'à la télévision. De quoi motiver n'importe quel groupe un peu extrême à changer sa formule histoire de toucher un peu plus de monde, à ne époque où le téléchargement commençait à se faire connaître de plus en plus. Aussi,
Hypocrisy va faire peau neuve, à la surprise générale. Le groupe qui avait réussi à imposer son style unique et très mélodique allait tourner le dos à ses principes pour sortir un disque plus compact, plus ramassé sur lui-même, sans pour autant se renier complètement.
Don't Judge Me d'entrée de jeu ressemble à un avertissement. Comme si Peter disait à ses fans que c'est lui le boss et que s'ils ne sont pas content, c'est le même prix et que personne n'a le droit de le juger quant à ses décisions. Il y a pourtant de quoi dire sur ce morceau, au riff haché, à la batterie syncopée à l'extrême, avec cette basse ronflante. Le chant est hargneux, assez éloigné des vocalises death et black auxquelles nous sommes habitués. L'influence neo metal, dans sa forme la plus extrême est belle et bien présente, elle se fera ressentir tout le long, dans le jeu de batterie qui claque de façon nouvelle, dans l'agencement de certains riff rentre-dedans et lancinant, dans certaines parties de chant, très audible et compréhensible. Déstabilisant à la première écoute, quand on connait le groupe et l'homme, Catch 22 peut décevoir, mais il convient de s'y accrocher pour en tirer les subtilités qui font toute la différence.
Alternant morceaux brutaux et relativement rapide avec des pièces plus mélodique,
Hypocrisy brise la linéarité que l'on pouvait craindre pour offrir en définitive un disque assez formaté, on peut aisément deviner quel titre sera brutal ou non. Plus l'album avance dans la durée, plus on retrouve un style plus conventionnel, jusqu'à
All Turns Black qui a tout du final plus mélodique habituel, que l'on connait du groupe. Les passages les plus lents sont souvent les plus prenant, même si cette fois-ci on savoure particulièrement les chansons les plus agressives. En adaptant son death mélo au neo metal, Tägtgren s'est réinventé et a su placer
Hypocrisy dans une veine plus moderne, collant parfaitement à l'air du temps. Si cela ne plait pas forcément à tout le monde, il a le mérite d'avoir osé sans pour autant s'être totalement renié. On reconnait la patte du groupe, elle est indéniable, même si les contours ont été transformés, même si l'ombre du neo metal plane sur cet opus.
On peu se poser des questions quant aux motivations véritables de Tägtgren avec un tel disque. S'il voulait toucher des fans supplémentaires, il risquait surtout d'en perdre au passage avec ces sonorités qui pour beaucoup sont issues de la honte du metal (devant le glam et le FM, si, si !). L'acte est courageux, peut-être inconsidéré si l'on gratte un peu, mais le résultat global est plutôt satisfaisant malgré quelques couacs ça et l, ce qui est assez logique quand un groupe bien rodé change subitement de formule. Pari osé et pari globalement réussi pour
Hypocrisy, mais à certains moments, les musiciens frôlent la correctionnelle malgré tout, en donnant trop ou pas assez, stimulé ou échaudé. Si on note de temps en temps une certaine perte de vitesse, elle se retrouve bien vite contrebalancé par un morceau plus radical qui rehausse le tout.
Catch 22 est un album particulier, en aucun cas pacifiste comme pouvait l'être le roman du même nom de Joseph Heller. On accroche ou on accroche pas, mais la qualité globale tend vers une qualité supérieur, même si parfois on se retrouve dans un cas de figure inédit dans l'idée que l'on se fait de
Hypocrisy. A l'instar de
In Flames et son Reroute To Remains, la bande à Tägtgren s'adapte aux sonorités nouvelles pour faire évoluer sa musique, ce qui est parfaitement défendable. A découvrir ou à ignorer, mais globalement, un disque qui vaut le coup.