Il y a des splits qui ne devraient pas être annoncés. Comme celui d'Hypocrisy après un
Final Chapter éblouissant. Mais le groupe était fatigué, la succession de side-projects (dont
The Abyss et
Pain) n'aidait pas non plus les musiciens à pouvoir souffler. Puis en 1998, Hypocrisy foule les planches du Wacken et annonce une reformation qui n'étonne en définitive personne. Et on espère encore et toujours une reformation d'Abba.
Hypocrisy, l'album, parait en 1999 et se veut travaillé. On est loin du death mélodique des précédents opus tout en étant dans l'univers du groupe. Ici,
Peter Tägtgren va plus loin dans l'approche mélodique et il use et abuse des claviers. Cela pourrait être sacrilège, mais l'ensemble se veut très classieux. Alors on retrouve le concept lié aux extra-terrestres cher au groupe, guidé par ce trip futuriste et délicieusement inspiré d'un heavy metal traditionnel le long de soli inspirés et de certaines rythmiques typiques du genre. Ce qui frappe le plus, c'est l'approche mélodique. Presque ambiant par moment, l'ensemble musical se voit contrebalancé par une série de vocaux se rapprochant du black. On est loin du phrasé furieux que l'on trouvait sur les albums précédents. Le groupe joue sur l'efficacité de mid-tempos qui se partagent entre phases heavy et passages éthérés. Ainsi, comment résister à l'intro fabuleuse de Fractured Millenium, où les claviers font durer le plaisir avant que basse et batterie ne viennent annoncer l'explosion qui aura lieu sur un hurlement doublé de guitare. Titre grandiose, implacable malgré un ton modéré. On s'incline. On en veut plus. Alors on se laisse tenter par un Until The End désespéré et riche.
Si on aime les passages plus directs, on peut caresser un virulent Apocalyptic Hybrid, convenu mais efficace, rapide et puissant. On peut également s'attarder sur le punkoïde Time Warp qui se montre tout aussi violent. Le chant est nettement plus beuglé, Hypocrisy s'écarte de la ligne directrice globale de cet album pour proposer des morceaux plus dans l'esprit des derniers opus. Cela permet de donner du contraste. Les morceaux lents se basent sur des mélodies, les rapides cassent tout le travail effectué pour qu'ils soient reconstruit par la suite, ciselés de façon splendide.
Hypocrisy prend donc ses fans à contre-pied avec ce disque. Le groupe explore les domaines du death mélodique et en redessine certaines frontières. Cet album est magistral, avec un combo qui se transcende et qui donne le meilleur de lui-même. Pas forcément une bonne pioche pour celui qui souhaite découvrir Hypocrisy, mais l'amateur de musique, celle qui parvient à combiner parfaitement le calme et la violence, pourra être facilement conquis.