Il est rare que les EP soient franchement marquant. La durée du format est souvent bien trop courte pour qu'un groupe puisse réellement se développer comme il le ferait sur album, parvenant à créer une ambiance au petit bonheur la chance, complétant les trous avec des reprises, des remixes ou des titres live, ce qui brise forcément la ligne rouge, celle qui fait qu'un album est souvent une oeuvre unique et particulière quand elle est écrite avec talent. Pourtant, ce Vempire Or Dark Faerytales In Phallustein vient contredire cette généralité car c'est avec ce produit que
Cradle Of Filth se fera réellement remarquer, un peu avant la déferlante Dusk... And Her Embrace dans la foulée.
Si The Principle Of Evil Made Flesh souffrait d'une production incapable de mettre en valeur les instrumentations, le son a été retravaillé, repensé ici.
Cradle Of Filth lisse sa musique, développe son côté gothique de façon outrageuse pour les oreilles habituées au raw black Norvégien. Parfaitement audible, épurée dans sa saturation, cet EP permet de mettre à jour de redécouvrir un groupe dénigré un peu trop rapidement. Bien sûr, il y a du clavier (c'est sacrilège, à cette époque), certes le chant de
Dani Filth est plutôt surprenant dans sa forme, tout en cris aigus qui vrillent les tympans, entrecoupés de passages plus grave, comme si
King Diamond avait pris un acide avant d'enregistrer. Il y a également ces voix féminines qui jaillissent pour évoquer on ne sait quelles insanités (enfin, si, on peut savoir, il suffit de se référer au livret).
On est loin de la forme de black metal popularisé par la scène Norvégienne. Nous sommes en Angleterre et cela s'entend, dans la composition, pas forcément plus classique mais marqué par un fond heavy metal, dans les ambiances développées au clavier par
Damien qui transforme certains passages en tortures sonores lugubres qui ne sont pas sans rappeler les moments d'angoisse distillées par la Hammer à la grande époque (quand Christopher Lee endossait à répétition la cape de Dracula et où Ingrid Pitt enflammait l'imagination des adolescents boutonneux qui en oubliaient la pauvreté du scénario). La batterie est plutôt bien audible et renforce l'impression de se heurter à un groupe qui a bien digéré toutes ses influences tant les rythmiques de
Nick Barker sont précises et parfois même meurtrières. Les guitares et la basse complètent le tableau, créant des murs de son qui s'effacent subitement pour laisser place à l'éthéré du clavier qui devient un des instruments primordiaux au sein de
Cradle Of Filth.
L'alchimie peut sembler douteuse aux premiers abords, mais il suffit de passer les deux premiers morceaux,
Ebony Dressed For Sunset et la relecture de
The Forest Whisper My Name, tiré du premier opus, pour se rendre compte que
Cradle Of Filth est sur le point de devenir un leader du genre. Bien sûr, il est facile de dire cela quatorze ans plus tard, avec tout le recul nécessaire et les preuves à l'appuie. Mais pour ceux qui l'ont connu à sa sortie et pour ceux qui ont tout simplement vécu l'époque,
Cradle Of Filth ne s'était pas aligné dans le son prôné par Euronymous, il avait tout de suite cherché à se démarqué par ses atmosphères et ses compositions plus léchées sans sombrer dans la facilité de la copie carbone. Et par ce fait, pour oser montrer sa différence en pervertissant en prime l'esprit originel du genre, le groupe créera une scission entre les fans. Il y aura un avant et un après COF. Les détracteurs seront aussi nombreux que les défenseurs. Et en restant juste, il faut bien avouer que cet EP traverse très bien le temps et qu'il continue à marquer les esprits, peut-être plus encore que Dusk, des années après.
Même si le terme devient galvaudé de nos jours, Vempire Or Dark Faerytales In Phallustein peut être considéré comme culte. Cela ne veut rien dire. Cela signale juste que le disque mérite que l'on s'attarde longuement dessus et que l'on apprenne à déguster une autre variété de black metal, plus abordable, plus propre sur soi, mais qui sait finalement où il va et qu'il en a la légitimité. Sans être parfait, il s'agit là d'une des oeuvres maîtresse de
Cradle Of Filth, qui cherchait alors à s'en sortir du contrat de dupe signé avec Cacophonous Records. Une page de l'histoire d'un style entier allait s'écrire prochainement...