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Les chuchotements d’Ihsahn résonnent dans la tempête, un nouveau soleil se lève, le mythe continu. C’est donc après quelques notes de clavecin que commence
Prometheus : The Discipline of Fire and Demise, dernier album d’
Emperor.
Première constatation,
Emperor s’est définitivement éloigné du légendaire
In The Nightside Eclipse. Le groupe a mûrit, évolué, comme l’avait déjà grandement démontré
IX Equilibrium. Après une intro mystérieuse et cabalistique, le premier morceau commence en trombe. Le son des guitares est massif, percutant, et les riffs dans une lignée très Death Metal. Mais la démarche des norvégiens est devenue quasiment progressive. Les rythmes sont changeants, les ambiances varient. Passages violents et séquences bien plus contemplatives avec leads de guitares aériens s’entremêlent, tout comme les changements entre le chant lyrique et les cris haineux d’Ihsahn.
Les morceaux sont reliés intelligemment, et la présence de samples et de moments méditatifs renforce l’aspect ésotérique de l’album.
Le clavier,
Emperor oblige, à toujours une place aussi primordiale. Cependant, son utilité ne se voit plus qu’en orchestrations, mais aussi en diverses sonorités électroniques comme le démontre la chanson « Empty » (qui se voit d’ailleurs attribuée un clip). Et c’est d’ailleurs une utilisation du clavier bien plus intelligente qui démontre la maturité atteinte par
Emperor. Ici, point de nappes abusives et indigestes sans créativité. Le trio norvégien sait parfaitement allier le jeu des guitares à celui du dit instrument.
Quand à l’ambiance de l’album, elle est bien différente du précédent volet.
Emperor a insufflé dans son dernier enfant une dimension bien plus ténébreuse et déchirante. Il suffit d’écouter « In The Wordless Chamber » pour comprendre la dimension épique et tragique atteint par
Emperor. Cet album est tel un mourant livrant son dernier combat. Son esprit est grave et funeste, et pourtant, à l’approche de la faucheuse, il s’exalte dans un rayonnement passionné. C’est là toute la verve de l’album, sa magnificence de temple ancien en ruine, son sublime de statue grecque, morte et pourtant si ruisselante de beauté.
Emperor devient alors semblable au nom de l’album, à Prométhée, apportant dans son sacrifice la science de la lumière et de la chaleur, de la beauté et de l’exaltation, mais aussi et surtout l ‘art de mourir, délaissant la charogne et la pourriture pour se figer devant l’éternel, tel un monument à jamais sur le panthéon.
L’aura de cet album, le plus technique et le plus quintessencié d’
Emperor, est toutefois si luminescente qu’il est difficile de pouvoir la regarder comme il se doit aux premiers abords. Mais qui saura voir plus loin, qui saura transcender son enveloppe pourra en extirper toute sa divine substance, et contempler une fois de plus le sublime d’
Emperor.
Parce qu’il faut une fin à tout, parce que chaque empire est voué à l’écroulement, parce que même les plus grands doivent un jour partir,
Emperor charge dans sa dernière bataille, et pousse sa finale, son ultime acclamation. Mais contrairement à l’antique Rome, la fin d’
Emperor ne fut point sa déchéance, mais bien au contraire, sa majesté.
L’Empereur est mort, vive l’Empereur !