Pour
Uriah Heep, la situation était devenue difficile à gérer avec son chanteur
David Byron. Ce dernier avait sorti un premier album solo en 1975,
Take No Prisoners et son addiction à l'alcool le rendait ingérable. Outre des prestations scéniques en demi-teinte, l'homme ne venait plus qu'en studio quand cela lui disait, ses contacts avec les autres musiciens devenaient de plus en plus tendus. Aussi,
High And Mighty qui a été fait dans la douleur, un album difficile à écrire et à finaliser, dont le résultat final s'avère en définitive très décevant.
Le premier titre est déroutant.
One Way Or Another est un titre de hard rock classique, jusque là, il ne devrait pas y avoir de problème, mais quand le chant commence, on grince des dents.
John Wetton et
Ken Hensley se partagent en effet le chant, pour un résultat assez moyen en définitive. D'entrée de jeu, ne pas être confronté à la voix de Byron est déstabilisant. Mais ce dernier ne s'étant pas présenté au studio le jour des prises de chant pour ce titre, le groupe a du faire avec les forces en présences. Une excellente occasion de foirer un morceau qui, d'un point de vue instrumental, est plutôt sympathique. Et le présenter en ouverture a quelque chose de glaçant, comme un avertissement funeste.
Et ce qui est d'autant plus dommage, vu que
One Way Or Another est le seul titre a être typiquement hard rock.
Uriah Heep se glisse dans la continuité de
Return To Fantasy, s'octroyant de plus en plus de largesses avec la pop de l'époque, tout en soignant des passages à voix multiples, comme si le groupe avait besoin de prouver que sans lui,
Queen n'en serait pas là (
Footprints In The Snow,
Confession). En fait, pour parler simplement, ce disque peut s'apparenter à une espèce de soupe commerciale composé majoritairement de ballades ou de titres très faciles d'accès, qui ne se démarquent pas franchement les uns des autres. Hensley semble en bout de course au niveau de l'écriture, voire sacrément désabusé par ce qui entoure le groupe, les problèmes liés à Byron, le désamour avoué des journalistes spécialisés à leur égard. Et comme l'homme compose quasiment tout,
Uriah Heep ne peut bénéficier de l'apport des autres musiciens qui restent désespérément muets, comme s'ils n'étaient pas plus concernés que cela. Une situation dangereuse pour la survie de la formation qui s'avance de plus en plus sur un terrain extrêmement glissant en tenant une caisse de nitroglycérine. L'explosion n'est pas loin.
Mais malgré tout, le groupe parvient à se sortir les doigts du cul pour pondre quelques titres magnifiques qui mériteraient à eux seuls l'achat du disque (ce qui fait un peu cher pour deux-trois morceaux, certes). Déjà, il y a
Confession qui est une courte ballade piano/voix qui passe toute seule pour terminer l'album,
Can't Keep A Good Band Down qui est le témoignage du regard lucide que porte Hensley à
Uriah Heep, sans concession et plutôt sombre, ainsi que la superbe ballade
Weep In Silence sur lequel
Mick Box se fend d'un solo de guitare poignant, lui qui ne s'illustre que très rarement. Là, il y a de quoi passer un bon moment, même si le reste peut ressembler à de la soupe à la grimace. La formation ne se remet pas franchement en question en essayant de s'attirer un public de plus en plus large, mais en perdant cruellement de son identité.
High And Mighty n'est pas franchement plaisant. Le groupe n'a plus de magie en lui, l'âge d'or est loin derrière lui et il n'y en aura plus. Le géant avait des pieds d'argile et s'est salement effondré. Sans être une catastrophe non plus (ce serait exagérer),
Uriah Heep montre clairement ses limites et s'apprête à rentrer définitivement dans la seconde division du metal, se maintenant dans le ventre mou de ce championnat sans jamais pouvoir espérer accrocher le trio de tête pour une remontée la saison suivante. Et pour cause... David Byron sera logiquement viré à la suite de ce disque et malgré un bon remplaçant, quelque chose sera cassé à jamais. C'est moche d'en arriver là.