Phil Lynott vit une séparation douloureuse, il est un homme brisé, qui s'enfonce de plus en plus dans ses problèmes de drogue et qui annonce le clap de fin de
Thin Lizzy. Voici le triste constat pour les fans de ce groupe majestueux en cette sombre année 1983. Le guitariste
Snowy White est viré et, sacrilège, Lynott fait appel au jeune
John Sykes, qui s'était fait un nom au sein de Tygers Of Pan Tang, pour le suppléer. pour beaucoup, cette association est sacrilège, le jeune blondinet ayant un jeu bien trop agressif et fulgurant pour la finesse du Lizzy, et sa venue est vue d'un très mauvais oeil.
Et effectivement,
Thunder And Lightning, avec sa pochette clichée à souhait (et disons-le, carrément laide par rapport à d'autres du même combo), oeuvre bel et bien dans le heavy metal. Mais accuser le seul Sykes serait trop facile. cette mutation, c'est avant tout une volonté de Lynott. Il a pris note de l'évolution du monde musical qui l'entourait et il avait deviné que la seule façon de partir auréolé de gloire, c'était en durcissant le ton, pour se battre d'égal à égal avec un, au pif,
Iron Maiden qui lui doit énormément. Et l'élève n'a pas encore dépassé le maître. Quand Sykes rejoint les autres musiciens en Irlande, l'album est déjà composé. Il n'interviendra que sur le puissant
Cold Sweat, qu'on aura encore l'occasion d'évoquer plus tard.
Alors comment définir ce qu'est ce
Thunder And Lightning ? En fait, il représente une évolution qui pourrait être logique au vue des compositions typées heavy des deux précédents albums, tout en étant un pas en avant considérable, imprévisible de fait. Un disque complètement à part dans une discographie très fournie. les origines mâtinées de blues, de soul et de folk semblent bien loin, le passé plus récent ne concorde pas non plus.
Thunder And Lightning n'en est pas dépouillé pour autant. Il reprend des éléments chers à
Thin Lizzy, un sens particulier de la mélodie et les transpose dans un univers plus direct, plus sombre également. Le disque, ce n'est pas étonnant, ne respire pas la joie de vivre. Et le traitement musical qui lui est infligé lui sied à ravir. Conçu de façon plus classique, il n'aurait peut-être pas eu le même impact.
Dès le morceau titre, placé judicieusement en ouverture, on est pris dans une frénésie guitaristique inhabituelle. Derrière les fûts,
Brian Downey déménage sévèrement,
Scott Gorham retrouve une nouvelle jeunesse à la guitare, tandis que Lynott, au chant, est méconnaissable, dans l'urgence, sans son raffinement, laissant son timbre d'habitude plus soul de côté. La baffe est immédiate. Elle fait mal. On ne pensait pas
Thin Lizzy capable d'une telle puissance et la surprise est totale, jubilatoire, même. On comprend aisément que les vieux fans aient fait la gueule. Ce n'est plus le
Thin Lizzy qu'ils aiment.
Il ne faut pas non plus minimiser l'apport de
Warren Wharton, intronisé officiellement aux claviers. Ce dernier apporte sa patte sur certains morceaux qui deviennent des incontournables du disque, comme
Heart Attack qui signe l'arrêt de mort de Lynott,
This Is The One et surtout la sombre et inquiétante ballade
The Sun Goes Down et son ambiance des plus désespérées. Avec Sykes, il forme une charnière nouvelle pour le groupe. Deux styles flamboyants qui rivalisent d'adresse. Comparer
The Sun Goes Down et
Cold Sweat n'a pas lieu d'être, ce sont deux styles diamétralement opposés, possédant chacun leurs qualités. Wharton est synonyme de finesse, Sykes de virilité. Une raison de plus pour que ce dernier soit à ce point honni par toute une partie du public de la Fine Lizzy.
L'album est un véritable exutoire.Un feu d'artifice ininterrompu, à peine gâché par quelques titres plus faibles. Lynott s'expose une fois de plus, de façon intime et fragile, comme sur le mythique
Baby Please Don't Go, véritable cri du coeur pour sa compagne, drapé dans des contours très hard. Et si on perd le côté poignant dont il sait faire preuve, on reconnait tout de même sa douleur particulière à sa façon de chanter, très désabusée, pleine d'espoir perdu. Et si son dernier tour de force se situait là ? Faire chavirer les coeurs mais sans y mettre les formes, en y allant de la manière la plus directe possible ? Une bien belle chanson, encore une fois, pleine de sensibilité.
Thunder And Lightning partage donc les fans. Il y a ceux qui aiment, d'autres qui détestent, mais le disque ne laisse pas indifférent. Dernier coup d'éclat en studio avant une tournée difficile à gérer avec d'anciens membres qui viendront se joindre au groupe durant certains titres (avec les antagonismes qui vont avec bien sûr), des adieux scéniques qui seront gravés sur le Live Life. Et
Thunder And Lightning se positionne comme la sortie majeur de 1983, concernant le heavy metal, un disque varié et percutant, qui conserve le même charme, près de trente ans plus tard. Un excellent album.