Si l'on devait faire un bilan de la carrière de
Cradle Of Filth en 2002, il serait plutôt positif. Après un premier album trop inaudible pour être pris au sérieux (Principle Of Evil Made Flesh), le groupe a vite compris qu'il devait se donner les moyens de s'imposer par le son et cela s'est vite remarqué, l'EP Vempire Or Dark Fairytales In Phallustein s'était grandement étoffé de ce côté là, avant que
Dusk... And Her Embrace s'impose comme un classique immédiat dans le monde du black metal, devenant un best seller, ce qui a eu le don de grandement irrité les fans de true black metal qui voyait en cela une hérésie. Et parler d'hérésie dans le domaine du black metal, c'est peut-être monnaie courante, mais là, cela s'apparentait à une fronde qui ne cessa de croître. Le changement de label s'est opéré à cette date. Exit Cacophonus Records, c'est Music For Nations qui rafle la mise, une mise inespérée. Et cela s'est vite confirmé avec le carton de
Cruelty And The Beast qui revisitait le fantasme de la Comtesse
Bathory. Et d'embrayer sur un nouvel EP,
From The Cradle To Enslave qui dévoilait clairement la facette la plus mercantile de
Cradle Of Filth, avant d'embrayer sur un Midian qui parvient gentiment à remonter la pente en s'écartant grandement du black dans la sonorité pour se draper d'atours plus gothiques. Bitter Suite To Succubi, un autre EP, vient compléter le bilan sur une note plus terne. Et humainement ? Le groupe a subi de nombreux changements de line-up qui n'ont pas eu de grands impacts, le plus notoire au niveau du son a été le remplacement de Damien par Lecter entre Dusk et Cruelty.
Dani Filth passe de plus en plus pour un tyran bouffi d'orgueil. Et surtout, de nombreuses tensions sont apparues entre la formation britannique et leur maison de disque et il fallait impérativement sortir des produits pour en être libéré.
Et ce premier produit, c'est cette double compilation au titre engageant (Midian était un disque dont le thème central tournait autour d'un univers Lovecraftien), mais à la pochette trop chargée dans les tons rouges pour être réellement jolie car rien n'en ressort vraiment. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que pour le coup, c'est cent quarante minutes de musique qui sont proposées. Le problème majeur étant que les deux disques ne sont absolument pas égaux dans leur conception et dans leur finition. Le premier reprend des morceaux devenus des "classiques" pour le groupe, même si en ce qui concerne
Funeral In Carpathia on aurait préféré la version de
Dusk... And Her Embrace plutôt que la version plus rapide et qui n'apporte en définitive rien de plus de l'EP From The Cradle To
Enslaved. On y retrouve du très bon, donc, comme
Her Ghost In The Fog ou le sublime
Malice Through The Looking Glass, mais sur un best-of, la magie n'opère pas vraiment. En effet,
Cradle Of Filth s'apprécie de disque en disque, pour y capter à chaque fois une ambiance particulière, un phrasé type ou une nuance globale dans le son, que l'on ne retrouve pas ici car trop disparate. On passe d'un thème à un autre, d'un style de chant suraigu à des vocaux plus hachés et plus agaçants, il n'y a pas forcément de juste milieu et l'univers fantasmagorique de la formation peine à se mettre en place. Pour découvrir le groupe, ce n'est pas ce qui se fait de pire. Mais l'attrait demeure mineur une fois que l'on comprend que c'est sur album que l'on peut le mieux apprécier
Cradle Of Filth.
Et ça, la bande à Dani Filth semble en avoir conscience (à moins que ce soit la maison de disque...) car le deuxième disque peut être qualifié de foutoir sans nom. On y retrouve en effet des reprises, des remixes (là, ça se gâte) et des versions alternatives de certains titres, le tout sans lien logique, avec des instrumentaux qui se baladent gentiment au milieu de tout ça, avec un grand sourire béat devant un tel patchwork. Et c'est là que le bat blesse car on peut passer de reprises globalement satisfaisantes à des remixes technoïdes qui feraient hurler David Guetta après 18g de coke sniffée. Le simple fait qu'ils se retrouvent sur cette compilation a quelque chose qui se rapproche du foutage de gueule en règle, dans toute son abomination.
Twisting Further Nails n'a rien à faire ici. Ni même ailleurs. Quant aux relectures, elles se montrent à chaque fois plus faibles que leurs penchants originaux qui auraient mieux tenue leur place ici. Un déséquilibre voulu, qui permet de mettre en avant les fameuses covers qui étaient devenues avec le temps des pièces rares pour le fan. Mercantilisme, quand tu nous tiens...
Du coup, on se retrouve avec un produit bâtard. Pour les fans, une occasion de combler des trous apparait et c'est frustrant. pour le néophyte, la découverte est gâchée par une ambiance qui ne se met pas en place puisque
Cradle Of Filth, on l'a vu, se développe sur album et chaque album propose un univers différent. Bref, une compilation qui se mord salement la queue et qui n'apporte en définitive que très peu d'intérêt pour n'importe qui. Après ça, il ne restait plus qu'à sortir un album live (agrémenté d'un disque bonus de remixes... misère...) pour clore l'aventure avec Music For Nations. Et quand on écoute
Damnation And A Day, on se demande si cette maison de disque n'aurait pas pu s'en charger à la place de deux produits bâtards de chez bâtard...