Tourbillon lancinant.
C’est seulement un an après le premier ravage de Pensées Nocturnes, intitulé lourdement « Vaccuum» , que notre cher âme torturée nous revient avec un « Grotesque » plus avant gardiste que jamais. N’oublions pas que Pensées Nocturnes est le fruit d’un seul et même homme : Vaerohn, qui nous livre sa propre définition de ce que représente le grotesque à ses yeux : un sombre bouffon bariolé du XXIème siècle orné d’une once de ridicule à vouloir survivre à la solitude ainsi qu’ à l’ennuie.
L’artwork nous ouvre timidement les portes du monde de Pensées Nocturnes, un premier pas dans l‘univers décalé de Vaerohn : des créatures informes, bizarres, habillées de vêtements victoriens.
Deux drôles de personnages ornent fièrement le livret, nous toisant de leur regard vides toutefois emplit de mélancolie. Les illustrations sont signées Stephen Rothwell, un écrivan anglais, dont le monde sombre et exentrique colle parfaitement à celui de Pensées Nocturnes.
L’album ouvre avec « Vulgum Pecus» , qui signifie la masse, les ignorants. Une douce mélodie nous entraine doucement, mais fermement, dans le monde torturé de Vaerohn. On sent alors cette étrange proximité qui nous lie au bouffon, prêt à rentrer sur scène, attendant incongrument que le rideau se lève. La fin du morceau, sonnant le début de l’album, est caractérisée par le sample des applaudissements : on sait que notre cher Arlequin est entré sur scène, il est prêt à nous divertir…. A ses dépends.
Le ton est donné. On est alors conscient de toute la portée viscérale de cet album, on prend en compte le fait que l’on va écouter « Grotesque » mais également le vivre à travers les yeux d’un personnage prenant forme au fur et à mesure des morceaux.
Cependant, l’histoire qui nous sera narrée tout au long de cet album ne sera pas faite que de joie et rires à gorge déployées. Non. En effet, la tension et la douleur sont palpables tout au long de « Grotesque ».
La chaos a pris furieusement sa place au sein de ce drôle de spectacle. On le sent près à s’abattre à n’importe quel moment, surveillant chacun de nos gestes et prêt à bondir au moindre moment de faiblesse et de vulnérabilité.
Le Bouffon est toujours pleinement et lascivement lancé dans le contage de ces drôles d’histoire. Mais le ton se veut beaucoup plus grave et dissonant qu’au début. En effet, dans « Monosis » on passe du rire aux larmes, Vaerohn nous livrant à bout de bras des vocaux plaintifs, décalés et on ne peut plus torturée. Celui ci se lance dans une drôle de conversation impliquant son propre langage, une conversation en toute intimité avec son amertume. La personnalité du bouffon parait drôle mais cache une infinie souffrance.
On a alors l’impression de se retrouver au sein de cette démente folie, de cette douleur suintante qui caractérise aussi bien la musique de Pensées Nocturnes. Nous voilà au sein de l’arène prêt à en découdre avec une gigantesque créature faite de larmes et de ressentiments.
Une palette extrêmement variée d’instruments est utilisée dans « Grostesque » : piano, violon, cuivres, guitares… Certes, c’est une chose d’inclure une diversité instrumentale mais c’en est une autre de la maîtriser. C’est pourtant chose faite ici. Une technique monstre émane de chaque instrument, les uns se mélangeant aux autre dans une harmonie parfaite afin de nous faire sombrer un peu plus chaque seconde. Les instruments se mêlent et se démêlent à une cadence folle, entrainante, nous emportant dans cette tourmente tordue qu‘est Pensées Nocturnes.
Le chant se veut tantôt hurlé, tantôt chuchoté ou bien même parlé. Cependant le chant reste le point faible récurrent de « Grotesque ». En effet, celui ci se traduit la plupart du temps par un hurlement informe, très long et inaudible. On ne distingue aucune parole lors de ces hurlements hachés, crachés à la va vite. Et pourtant, quelles paroles… Aucune structure vocale n’est réellement mise en place, or on remarque une très nette amélioration que dans «Vacuum» dans lequel le chant ressemblait à une espèce de vase gluante prête à nous engloutir à chacun de nos pas dans la découverte du monde lubrique de Pensées Nocturnes.
Toutefois, les chuchotements et les espèces de délires vocaux dans lesquels se lance furieusement Vaerohn tout au long de l’album tendent à apporter une autre dimension au chant : en effet, la profondeur apportée par ces changements ne peut que mettre en avant le caractère torturé et dissonant de l’album.
Les titres des morceaux sont, pour la plupart, de très bonnes références mythologiques : « Thokk » est en fait Loki, un dieu de la mythologie nordique, déguisé en géant ou encore « Râhu » étant le démon de l’éclipse dans la mythologie indienne, représentant un serpent qui avale la lune. Ces détails apportent une autre dimension à l’album : en effet, les titres possèdent une signification leur étant propre, ils ne sont pas choisi au hasard.
Vaerohn frappe un grand coup avec « Grotesque » qui est extrêmement différente de « Vacuum ». Il est clair que l’on sent une très nette évolution en seulement un an de temps. De plus, cet album est fait pour être écouté attentivement et non entendu. Il y a beaucoup trop de subtilités et de ressenti qu’il serait grandement dommage de passer à côté de cela, ce qui fait la valeur de cet album. C’est au fur et à mesure de l’écoute que l’on comprend réellement où Vaerhon veut en venir avec Pensées Nocturnes. « Grotesque » est un album très abstrait et tient grandement son rôle, ainsi que sa place, de black metal avant gardiste, ce qui n’est pas pour nous déplaire. A quand le prochain ?