S'il fallait caricaturer le black, on trouve deux tendances principales: une, plutôt gore, ouvertement et agressivement sataniste, l'autre plus profonde, faisant de nombreuses références aux légendes et au folklore du pays d'origine du groupe, ou d'autres pays. Les deux peuvent se croiser au sein d'un même groupe, ou d'un même album, mais il va falloir abandonner la provocation sanguinolente avec ce Formor. Car
Aes Dana, résolument, nous livre un black metal tout ce qu'il y a de plus spirituel.
Tout d'abord, ce qui frappe l'auditeur, dès le début, c'est la présence des instruments folk. Ici, pas de faire valoir comme dans d'autres formation, ce n'est pas du "metal à cornemuse", mais une musique dense qui fait autant appel au ressenti profond de la flûte et de la bombarde, comme à la rage du black metal. Les mélodies sont efficaces, souvent mélancoliques, mais parfois plus enlevée comme sur Gwaendarfell par exemple.
Les breaks sont somptueux, démontrant les capacités techniques du batteur.Lyriques et aériens, ils apparaissent toujours à propos pour enrichir le discours musical des Parisiens d'
Aes Dana. Les guitares, abrasives à souhait, forment un mur de son tantôt plus en retrait comme sur Les Traces de La Branche Rouge, tantôt au coeur de l'action, parfois les deux dans une même chanson . La voix est sans doute le seul élément qui pourrait être amélioré, elle manque un peu d'originalité, mais donne toute sa puissance et sa rage, notamment dans le combat des arbres où les textes mélancoliques complètent parfaitement le côté épique de la musique. On sent un souffle spirituel qui prend au tripes l'auditeur, évoquant des contrées brumeuses semblables à celles de l'artwork.
L'album est assez atmosphérique, servi par des textes poétiques et originaux: prenant pour thème les légendes celtiques au sens général du terme. Taliesin, principale auteure des textes, nous parle de Géants, d'Elfes, et de voyages de marins à travers les glaces de l'Atlantique Nord, sous forme de poèmes en prose très agréables. Les paroles de la chanson Le Combat Des Arbres, remarquables comme je l'ai écrit précédemment, sont même une adaptation du barde gallois Taliesin (qui lui, vivait au IV° siècle). Elles contribuent énormément à l'immersion dans l'univers mélancolique de Formors, en effet malgré leur côté parfois obscur et mystérieux elles sont une graine de plus sur la terre fertile de l'imaginaire qu'engendre cet album.
En conclusion, Formors est vraiment envoutant. Mariant avec succès thèmes folks et black spirituel, il s'écoute sans fin, touchant l'auditeur au fond de son âme, et réalisant la performance de ne jamais privilégier l'une ou l'autre vision de la musique. Cela donne un équilibre subtil et profondément émouvant.