Toujours aussi énigmatiques sont les oeuvres des américains de
Red Sparowes. Every red heart shines toward the red sun s'apprivoisait avec un tant soi peu de recherche historique,
At the soundless dawn reposait sur l'émotion, la découverte personnelle. Car
Red Sparowes brasse bien des thèmes, se plonge dans de nombreux univers pour sortir à chaque fois un album différent mais pourtant si caractéristique de leur éclat. The Fear is excruciationg, but therein lies
the answer, non content de devoir succéder à un album fait d'or, doit confirmer
Red Sparowes dans son statut de groupe incontournable. Et s'il le fait certainement, c'est malgré tout une déception qui attend le fan à son écoute.
Il est bien triste pour l'admirateur de critiquer la formation qu'il suit et soutient. En se plongeant dans ce nouvel album des américains, force est de constater qu'on est impatient, qu'on s'attend à vivre encore tous ces sentiments que nous avait offert
Red Sparowes, ces lentes montées vers la saturation, cette douceur languissante, échappatoire, indomptable fièvre du possédé, léthargie du condamné, contemplateur d'un univers. Seul. Dans l'oubli du réel. A la recherche d'un miroir pour vivre un de ces contes, loin de tout.
Red Sparowes, pour commencer, a changé, Il accueille un nouveau membre en la personne de Emma Ruth Rundle et a choisi de raccourcir ses compositions; un pari pas forcément gagné. Fortement mélodique,
The Fear is excruciating, but therein lies the answer poursuit dans la voie dessinée par le combo: toujours plus loin dans un Post/Rock pourtant bien loin de ce que jouerait Godspeed you Black
Emperor! ou Mogwai.
At the soundless dawn laissait entrevoir à son auditeur la longue destruction de cités, les guitares dévalaient les hauts immeubles, foudroyés par leur appel, annihilés par leur destin, Every red heart shines toward the red sun dévoilait une misère humaine inacceptable mais bien réelle, profondément ancrée dans une réalité historique: l'utopie par le désastre.
The Fear is excruciating, but therein lies the answer se pose comme un album avec une âme moindre, de la bravoure trop absente.
On parcourt cet opus avec stupeur, découvrant des titres puissants, émotionnels, progressifs et profonds ("As each end looms and subsides", au final larmoyant), on côtoie des courts moments d'exactitudes, intemporels, irréels, des voisins tels que "A hail of bombs" ou « In every mind », subtil et suicidaire. A cela viennent s’ajouter des morceaux tous maîtrisés du bout des doigts, comme d’habitude. « In illusions of order » pourrait rappeler Earth et son The bees made honey in the lion skull par ses gammes ponctuées de larmes guitaristiques de toute beauté. « Giving birth to imagined saviors » est intéressant pour son passage mystérieux aux effets ombrageux mais aussi sa montée en puissance excellente. « A swarm » ramènera au
Red Sparowes classique, avec sa langueur que l’on croirait sortir de musiques traditionnelles haïtiennes (« In every mind » encore plus) mais se posera là en tant qu’explosion prévisible.
Vous allez me dire : « Pourquoi dire que l’album est décevant si tous les titres sont bons ? ». Remarque perspicace d’un lecteur zélé. Il est cependant aisé d’y répondre :
Red Sparowes joue du
Red Sparowes, ni plus ni moins. Il ne change pour rien au monde sa formule, délivre ses torrents, son souffle créatif, sa patte personnelle si magique mais sans changer, sans se démener. La frustration est là pour qui attendait autre chose. Alors oui,
Red Sparowes délivre du tout bon car OUI,
The Fear is excruciating, but therein lies the answer est bon, voire très bon, mais succède à un monstre et ne comporte pas toute la démesure de son propos, il ne possède pas tout le chaos exploré par
At the soundless dawn. L’album explore pourtant des choses plus axées sur l’espoir, les moments tristes étant disséminés avec un plus grand calcul mais on vibre rarement, on entre difficilement dans toute la subtilité de l’opus qui reste maîtrisé et certainement réfléchi mais n’atteint curieusement pas l’anima attendu.
Une chronique étrange pour un disque curieux. Ce troisième essai des américains sera forcément reconnu comme étant bon, peu-être divisera t’il, souvent il sera écouté mais aussi souvent sera vu comme un album simple pour du
Red Sparowes, simple pour le groupe. Maîtrisé, bien construit, possédant des morceaux pourtant très bon, The Fear is excrutiating, but therein lies
the answer déroute car il n’incarne pas l’âme de
Red Sparowes comme ses grands-frères. Il confirme le groupe comme une formation superbe mais ne réitère pas l’exploit précédent et se permet en plus d’être très court. Toujours conteur,
Red Sparowes donne à son auditeur un livre auquel il sera difficile de cerner les enjeux, la narration mais qui possède certainement des choses à raconter, notamment sur l'idée de foi et de vérité, A se procurer malgré tout, à écouter ; peut-être trouverez-vous la réponse qui gît là, sous vos yeux. Je ne l’ai malheureusement pas trouvée.