Tribe After Tribe s'était fait assez rare depuis
Pearls Of Swine paru en 1997. Il y eut bien
Enchanted Entrance en 2002, mais ce disque était passé relativement inaperçu. Il faut dire que l'histoire de Tribe After Tribe est nébuleuse et entre les labels qui font faillites et une certaine indifférence du monde du metal pour le travail du groupe, rien n'est facile. Mais le label Rodeostar, rattaché à SPV, est venu chercher Robbi Robb, cerveau charismatique de Tribe After Tribe, pour lui demander de sortir un nouvel album. Ce dernier pensait d'abord refuser, n'ayant plus goût pour les histoires de labels, mais fini par se laisser séduire et enregistre un album étonnant, entouré d'amis, dont Joey Vera (
Armored Saint,
Anthrax...).
Il est évident que M.O.A.B ne va intéresser qu'une infime partie du public et que là encore, le discours et le style du groupe risquent de passer au-dessus de la tête de bon nombre de personnes. Le plus simple pour décrire Tribe After Tribe serait de prendre l'album
Roots de
Sepultura en point de mire, d'en retirer toute la brutalité thrash et les vocaux âpres de
Max Cavalera, mais on serait encore de la vérité. Là où Sepultura utilise des instruments tribaux pour augmenter la puissance physique d'un morceau, Tribe After Tribe les incorpore à son heavy metal somme toute classique et de ce point de vue là, on est plus proche d'un world metal. Un metal ethnique sans frontières, se nourrissant d'instruments venant d'Afrique, d'Australie, des percussions riches qui créent une ambiance très particulière.
Concept album (oui, un de plus !) étonnent, aussi intelligent dans le propos que riche musicalement, M.O.AB doit son nom à plusieurs évènements. D'abord, se basant sur la religion, le Moab est le désert dans lequel Moïse aurait erré pendant 40 ans, avec l'épisode du Buisson Ardent (Burning Bush). Ensuite, Robbi Robb se penche sur des propos proférés par Saddam Hussein, avertissant Georges W; Bush qu'une offensive en Irak déclencherait "the Mother Of All Battles" (MOAB/la Mère de toutes les batailles), ce à quoi Bush aurait rétorqué en faisant envoyer une prière bombe sur l'Irak, une bombe appelée... "The Mother Of All Bombs" (MOAB/la Mère de toutes les bombes). Un triple sens donc et un parallèle entre un dieu suprême et une Amérique qui veut s'imposer comme le leader mondial.
Un concept non dénué de profondeur, servi par une musique enivrante, qui passe des ambiances shamaniques (Supreme One, le final World Drum qui s'apparente à une longue transe) à des morceaux plus violents, comme un Burning Bush tout en retenu (jeu de mot facile à décoder), un Chiron renversant ou un Holy City Warrior qui sent le cannabis à plein nez. Une musique sans complexe et qui sait rester modeste car l'exercice est pleinement maîtrisé. Il ne faut pas s'attendre à des pointes de brutalité : le propos n'est pas à ça ici, mais on se laisse facilement transporter par l'ensemble le long de l'heure que dure cet album. Une espèce d'évasion intellectuelle, un message de paix universelle qui ne sera malheureusement pas entendu.
Un des disques les plus marquant sorti depuis le début de l'année 2008 et certainement un de mes albums de l'année, sinon peut-être LE disque.