Hear My Caaaaaaall !
Tout commence avec un petit enchainement d'accord beau et simple. Déjà, de petits éclairs d'arrangements amenant de la noirceur transpercent les couches d'instruments. L'ambiance est posée. L'auditeur est dans un univers sombre, orageux de préférence, les esprits tourmentés volent autour de lui pendant qu'il écoute leurs soupirs lointains. Des éclats de guitares électriques viennent sublimer le tout. Puis, une voix clame une annonce de puissance avant d'embrayer sur une sorte d'instrument à vent jouant un air victorieux. Les héros chantent de leur voix claires derrière ce coup de semonce. La beauté et la clarté atteint son paroxysme quand explose une haine chez l'auditeur provoquée par un riff violent et agressif, puis une voix déchirant l'atmosphère. L'auditeur ressent un tourbillon émotif en lui même, constitué de guitares très rapides, d'une batterie folle et rapide, de voix saturées et criées et d'arrangements sublimant le tout par leur grandiloquence. L'univers brutal qui ne laisse aucune concession à l'auditeur le fait décoller de la réalité, et c'est le coeur soulevé qu'il aborde la suite. Nouveaux hurlements haineux, nouvelles attaques imparables aux claviers et aux arrangements, nouvelles envolées musicales, nouveaux petits soli ou mélodies follement ingénieuses avant de terminer par un final sombre qui se concentre sur l'ambiance, ou une voix tourmentée psalmodie une mélodie entêtante que n'importe quel sujet du groupe a un jour chantonné pour lui même... L'étape suivante du voyage ne déçoit pas, et même si elle ne reste pas aussi inoubliable que ce qui a été entendu, on prend toujours du plaisir à planer dans ce monde sombre et violent qui rend la réalité fade.
Le pauvre nouvel esclave de la musique d'Emperor est heureux, il a décidément affaire à un très bon album. Et il n'a pas tout vu, car c'est une des intros les plus brutales qui soit qui va ouvrir l'offrande suivante, qui est l'un des plus grands morceaux du groupes. On se rend compte que la linéarité est quasiment absente dans cette musique, et c'est une grandiloquence fraiche qui assène l'auditeur à chaque changement de structure. Passer un morceau tout aussi excellent mais qui brille un peu moins par son absence d'élément inoubliables, c'est un monument de 8 minutes qui nous est présenté, un morceau complexe rempli d'arrangements qui va clôturer l'album... Ou pas tout à fait. Une outro de 2 minutes est donnée après le monument. L'outro est constituée de deux mélodies principales, simples et répétées en boucle. Mais ces deux minutes résument la magie de l'album entier : tel un bon morceau de musique classique, il y'a des passages inoubliables. Tel un bon album de Black, il y a des explosions de haines. Et tel un bon album de Emperor, il y'a des ambiances sombres. Les musiques de Bach ou de Mozart ne sont pas les seules à pouvoir être qualifiées de "Grande Musique" ou de "Musique Savante", car Anthems propose aussi son lot de mélodie qui devrait, si la forme musicale ultra-violente le permet, traverser les âges. Cet outro en est la preuve.
Vous l'aurez compris : c'est magique. Anthems est magique. Jamais auparavant les arrangements s'étaient "collés" avec autant d'efficacité aux riff, aux voix, aux percussions... car c'est vraiment de cela qu'il s'agit : de collage. Tout colle avec tout pour former des ambiances, de la brutalité, de la haine... et ce tourbillon d'émotion cité plus haut est jouissif. L'auditeur est heureux et vaincu. Des envolées musicales qui font planer à la pelle, des arrangements grandiloquent et magnifiques à la pelle, une haine guerrière omniprésente, bref, la phrase au dos de la pochette n'est pas une vantardise : Emperor performs sophisticated Black Metal art exclusively !". Le terme 'transcendant" n'aurait pas été en trop.
Les Plus :
- Des ambiances sombres
- Des envolées guerrière bien Black Metal
- C'est planant
- La voix, les arrangements, les percus... tout ce qu'est cité dans la chronique quoi.
Les Moins :
- Deux morceaux, The Acclamation Of Bonds et Ensorcolled By Khaos ne sont pas aussi inoubliables que le reste, mais ils sont dans la même veine, c'est de la haute voltige. Il y a juste ces coups de génie aux arrangements qui sont un peu délaissés.