Partir et revenir…
La résurrection artistique d’un groupe tombé lâchement aux champs d’honneur ne se fait jamais sans la douloureuse épreuve d’une longue réflexion, et ce d’autant plus que cette entité profondément symbolique se nomme
ADX. Alors acculé, le doute nait d’interrogations aussi nombreuses que cruciale telles que, par exemple, le positionnement musical d’une expression nouvelle produites par la renaissance de ces artistes à la musique certes emblématique mais révolues et terriblement passéistes. Ou encore sur le sens à donner à une telle démarche en ces temps où les préoccupations ultra-mélodique sont devenues, bien plus que prépondérantes, alors qu’à contrario
ADX aura toujours excellé dans la simplicité âpre d’un Heavy Speed agressif au relents Thrashy allant, justement, à l’encontre de ces attentes contemporaine de la fin de ces années 90. Sortir vainqueur de cette introspection sera d’autant plus délicats que de nombreuses années ont ensevelis de leurs terribles conséquences tous les derniers assauts dudit groupe, laissant à nos souvenirs des triomphes bien trop lointains (Suprematie (1987)). Le théâtre de ces conflits avait alors tant changé que nécessairement le retour de ces hommes s’annonçait donc périlleux. Mais étaient-ils seulement capables de vaincre ? Car la conviction de l’artiste, aussi forte fut-elle, ne conduit pas nécessairement au triomphe.
Après la débâcle d’un Weird Vision (1990) vint donc la première tentative avortée de manière quelques peu incompréhensible d’une résurrection, sur un album très justement intitulé Resurrection (1998). L’œuvre, pourtant respectable ne rencontrera qu’un succès d’estime.
Les raisons de cet échec sont sans doute nombreuses.
Sûrement contextuelles.
Un album aussi ouvertement désuet, simple et peu aventureux ne pouvait, en effet, pas éveillé les passions d’une foule attentive aux grandiloquences et aux exagérations toujours plus fastes d’une scène résolument novatrice (Rhapsody,
Stratovarius,
Hammerfall…).
Assurément qualitatives.
Un opus manquant aussi clairement de vivacité s’alourdissant de certains titres aux rythmes pesant semblait condamnés.
Revenir encore…
…Sans se retourner mais sans jamais oublier qui nous sommes…
Dix longues années après ce premier revers, et alors que tous pensaient que le corps décharné d’
ADX reposait désormais définitivement en paix, la foi fit, une fois encore, renaître la bête. Toutefois la conviction ne fut plus seulement celle de l’artiste mais aussi celle d’un peuple tout entier qui réclamait, avec ferveur, le retour de ces héros. C’est en 2008 que sortit donc ce Division Blindée.
Dès les premières mesures
ADX y est convaincant nous rappelant les doux souvenirs de ces belles heures à l’écho allant bien au-delà de nos frontières hexagonales exigües, et ce quoiqu’en pensent certains jeunes révisionnistes culturels prompts à réécrire l’histoire d’un contexte qu’ils ne vécurent pourtant pas méprisant ainsi, en un débat ridicule et sans fins, les arguments factuels de ceux qui eux pourtant le vécurent. Quoiqu’il en soit, bien plus vifs et belliqueux que sur son précédent effort, le groupe a retrouvé l’entrain salutaire de ce Heavy Speed aux riffs Thrashy pour lequel il partage, à l’évidence, un certain appétit avec d’autres (
Killers, Vuclain). Sans pour autant dénaturer son identité, et sa musique, il aura, aussi, su insuffler à son propos une touche de modernité remarquablement séduisante en introduisant dans ses titres le fruit d’un travail mélodique assez remarquable.
Ainsi peut-on citer le superbe A La Gloire De Dieu véloce mais aussi les magnifiques Les Stratèges, Division Blindées, Mary La Sanglante et leurs refrains efficaces ou encore, par exemple, les excellents Souvenirs De Gambai et Livide.
Notons encore que les textes sont, eux-aussi, remarquablement recherchés et bien écrits. Le choix difficile de la langue française est un piège duquel certains ne parviennent pas vraiment à s’extraire.
ADX, quant à lui, y excelle. Citons, par exemple, les lignes de Souvenirs De Gambai qui évoquent, tout en subtilité, l’histoire de ce lieu où le plus illustre des assassins de son époque, Henri Désiré Landru, perpétra quelques uns de ses crimes.
Division Blindée est donc un album de Heavy Speed aux relents Thrashy dans lequel se mêlent admirablement le passé, le présent et, espérons-le, le futur.