C’est dans la douleur que les cinq mecs de Sacramento ont accouché cet album. On commence à être habitué chez eux, mais là, ce n’est pas une affaire d’égo ou de drogues qui viendra entacher l’histoire du groupe, à nouveau. Le 28 novembre 2008, Chi Cheng, le bassiste de
Deftones depuis 1988, a un accident de la route qui le conduit aux urgences. Tout s’enchaine alors, il tombe dans le coma, puis en ressort dans un état de semi-conscience. La famille de Chi ne pouvant assurer les frais de son hospitalisation, le groupe s’est peu à peu essoufflé économiquement. Pour subvenir aux besoins de Chi,
Deftones, accompagné de l’ex-Quicksand,
Sergio Vega, décident d’organiser plusieurs concerts où le montant de la recette aurait servi à son hospitalisation. Lors de ces apparitions, on pouvait y voir des artistes de renoms comme
Tommy Lee de Mötley Crue ou
Cypress Hill,
Dave Lombardo de
Slayer ou encore
Max Cavalera, en passant par
System Of A Down (sans
Serj Tankian) et
Roberto Trujillo de
Metallica … C’est dire que la communauté métallique s’est entourée autour de
Deftones pour les soutenir face à cette épreuve.
Les fans attendent le dénommé
Eros depuis 2008, mais par respect envers leur bassiste, les compositions restent statiques et le quinquet a donc composé un nouvel opus. Le voyage commence donc vers un nouveau chemin avec le bien nommé
Diamond Eyes. Succéder au nébuleux
Saturday Night Wrist est donc la tâche que le groupe a dû se fixer lors de la composition de l’album. L’opus sorti en 2006 a vu une renaissance artistique et une maturité assumée. Mis à part les problèmes internes,
Deftones n’a pourtant jamais eu de faux pas, ce depuis son premier opus
Adrenaline. L’évolution musicale n’est pas un facteur moindre dans leur succès, ces mecs savent jouer, balloter ou encore transporter leur auditoire. Profitant d’une richesse artistique plus qu’appréciable, très loin du cliché même plus de vingt ans après sa formation.
Malgré avoir été qualifié de « neo metal », le combo a su se démarquer, s’éloigner, se rapprocher et contredire ce catalogage. Ouvert vers des horizons riches en diversité, le son chaud et aérien de
Deftones répond à une forme de mélancolie ambiante, langoureuse et déprimante.
Be Quiet And Drive (Far Away),
Pink Maggit ou
Xerces en sont d’ailleurs les premiers à démontrer cela.
Diamond Eyes, second single qui paraitra le 30 mars prochain, a la lourde tâche d’ouvrir les hostilités. On se retrouve coincé dans un monde lumineux et chaotique, proche d’une contradiction incompréhensible. La première chose dont on peut se réjouir c’est la voix de Chino. Le chanteur a retrouvé un niveau digne de
White Pony, dû à sa perte de poids, métamorphosant littéralement son niveau. La vision de Moreno a également évolué, il a souhaité que cet opus gagne en optimisme par rapport au passé. Les évènements récents ont fait réfléchir ce groupe qui ne savait même pas s’il allait continuer ou non, mais
Deftones reste soudé. L’opus est bien sûr dédié à leur ami et compagnon de route, et
Sergio Vega a la rude tâche d’être au niveau du géant. La basse n’a pas été mise en retrait, bien au contraire, le son de
Deftones est bel et bien présent.
Seulement les sonorités du groupe sont nettement moins brutales que sur
Around The Fur ou encore l’éponyme. Le ton est doux, malgré des parties très appuyées par la nouvelle signature huit cordes de Stephen Carpenter, qui ne s’est jamais caché pour avouer son admiration envers
Meshuggah et le heavy en général. Le guitariste à-la-plaque-de-métal-dans-le-tibia massacre son instrument comme un acharné.
You’ve Seen The Butcher rappelle les tarés suédois pour ses riffs pachydermiques, plombants et groovy. L’ambiance en ressort plus écorchée, telle une série de coup de poignard dans l’abdomen, entrecoupée par la voix susurrée et transportante de son leadeur.
Le mélange électronique de
Frank Delgado se marie en une dose terrifiante de beauté et de chaos avec les multi-effets de Carpenter. A croire que le groupe est réellement décidé à rester vers ce virage plus alternatif rappelant
Saturday Night Wrist ou encore le chef d’œuvre, White Pony. Ce qui est sûr, c’est le cocktail est fracassant, terriblement émouvant et rempli d’espoir. La comparaison avec le White Pony n’est pas décalée puisque l’aquatique Prince rappelle
Rx Queen pour son côté hydraulique et coulant. Même si les années ont passés depuis qu’ils étaient encore des jeunes branleurs de skateurs dans la banlieue de Sacramento, leurs influences primaires ne les ont pas oubliés. Chino a d’ailleurs mentionné à de nombreuses reprises son affection envers le new wave, comme le groupe de Robert Smith,
The Cure. On se souviendra d’ailleurs du mémorable
“If Only Tonight We Could Sleep” lors des MTV awards, metamorphose, encore plus grinçant et cinglant que sa version originale.
Deftones arrive à rester lui-même sur Diamond Eyes, surprenant et tellement entêtant, comme ce Sextape. Le morceau n’est pas sans rappeler Rivière sur STW pour sa fraicheur. Amputé, écorché vif, touché dans la chair, le titre ne mettra pas longtemps avant de se faire une place lors des prochaines tournées du groupe. Ce nouvel album du quinquet aura mis longtemps avant de pouvoir voir le jour, mais c’est sans regret qu’on leur pardonne.
Deftones est
Deftones, la fin est loin d’être proche et on espère que les problèmes du groupe auront pris fin d’ici peu. Diamond Eyes est l’album qui renforce le combo vers un statut encore intouchable…