Faîtes chauffer les cannelloni et préparez les antipasti,
Rhapsody Of Fire est de retour ! Plus palpitant que de savoir qui de l'Inter de Milan ou l'AS Rome sera sacré champion d'Italie, le feuilleton
Rhapsody Of Fire vs Magic Circle Music, le label de Joey DeMaio de
Manowar, a su tenir en haleine les kids durant un certain temps, jusqu'à ce que les italiens se murent dans une espèce de silence gêné, jusqu'à la signature sur le label Nuclear Blast, avec ce que cela comporte d'avantages et d'inconvénients. Entre une peur du formatage du son et l'espoir d'un album capable de redresser la Tour de Pise (oui, l'allusion peut être prise dans un sens sexuel si on aime les dessous de ceinture), difficile d'être totalement serein face à The Frozen Tears Of Angles tant l'attente a été longue et aura généré les délires les plus fous. Faut dire,
Triumph Or Agony n'avait pas laissé un souvenir impérissable, mou du genou et dans une veine à la
Manowar moderne, c'est à dire bourré de longueurs monotones comme les sanglots d'un violon qui n'aurait pas lu Verlaine.
Et finalement, c'est un album de
Rhapsody Of Fire presque classique qui arrive sur les platines, avec le sourire crispé de celui qui sait qu'il ne s'est pas grandement foulé. Pour tout dire, on navigue gentiment dans un registre heavy et rapide qui n'est pas sans évoquer
Dawn Of Victory, avec des ambiances bien guerrières, des choeurs bien sympathique, le morceau kitschissime assumé mais qui immanquablement fera retomber le soufflé.
Difficile d'être surpris en somme par la teneur de ce nouvel album, à quelques exceptions prêt. Christopher Lee reste dans les parages pour assurer des narrations de sa voix grave mais un rien trop théâtrale pour être réellement agréable à l'oreille et après une intro qui est certainement trop longue, les choses sérieuses démarrent avec un
Sea Of Fate qui ne fait pas franchement dans la dentelle. Le rythme est rapide, intrépide, comme si
Luca Turilli et
Alex Staropoli voulaient proposer un morceau rapide en ouverture histoire de rattraper le temps perdu, faisant ainsi le bonheur de Proust. Et c'est là que l'on ne sait plus sur quel pied danser. Bien sûr, retrouver les Italiens dans une version combative est idéale après quelques albums plus erratiques, un véritable bras d'honneur adressé à
Manowar en quelque sorte, mais s'il y a bien une accroche pour l'oreille, dans le fond, on sait très bien que c'est de la façade. Ce n'est pas pour rien que
Rhapsody Of Fire a qualifié sa musique de Hollywood metal : on sent la grosse production, on sent le budget, on devine des tonnes d'effets très spéciaux et on dénote un scénario aussi creux que celui de American Pie par exemple. Du metal grand public, parfait pour un public nourrit aux BO de films épiques (et pas forcément plus gonflés que ça niveau scénario), mais qui manque cruellement de fond pour celui qui cherche quelque chose de plus subtil ou de plus travaillé. Ici, les orchestrations se font plus discrètes, la formation revient à une formule plus épurée, où le clavier a toujours un grand pouvoir décisionnaire et démonstratif.
Puis au détour de certains titres, le combo surprend avec une page plus audacieuse, où le récit prend subitement une tournure jouissive et inattendue, une démonstration de force qui reste étonnante. Ainsi, le single
Reign Of Terror a une odeur particulière. Plus simplement, on pourrait penser que Turilli a pas mal écouté de metal un tant soit peu extrême,
Children Of Bodom en particulier quand on entend le traitement fait sur la voix, qui s'oriente selon les passages vers quelque chose de black dans l'esprit, ce qui est très surprenant en soi, mais qui se révèle être efficace et très frais tant
Rhapsody Of Fire s'écarte de son carcan thématique pour utiliser un chemin de traverse bien planqué dans les herbes hautes.
Et le groupe vient casser le truc dans la foulée. Comme ça, en claquant des doigts. Plus haut, il a été mentionné que la formation a toujours su pondre un titre ridicule par album, au moins et ici, elle ne déroge pas à son habitude avec
Danza di Fuoco e Ghiaccio aux relents moyen-moyenâgeux sans grand intérêts, mille fois entendus et bigrement lassant. Comme si Turilli et sa bande ne pouvaient s'empêcher de s'illustrer dans ce type de morceaux qui finissent par les discréditer plus qu'autre chose tant le résultat sonne niais et sans intérêt. heureusement, les Italiens trouveront la force de toucher le sol et de donner la poussée nécessaire pour remonter à la surface.
Bien sûr, il n'est pas drôle d'écouter un disque qui ne parviendra à surprendre l'auditeur qu'en de rares moments.
Rhapsody Of Fire ne semble plus avoir de marge de progression malgré un style qui offre de nombreuses possibilités. A part une batterie très appuyée et un chant qui tire parfois sur la black au sein de
Reign Of Terror, il y a ce constat de prise de risques minimum, où de nombreux riffs sonnent comme une redite, où la dualité entre la guitare et le clavier a une saveur connue, comme si vous alliez au restaurant pour manger tous les jours le même plat.
Sans être un mauvais album,
The Frozen Tears Of Angels n'a pas non plus la carrure du disque qui doit prouver que le groupe a des cojones plus grosses que celles de
Manowar. Un album de plus en somme, qui complète parfaitement une collection, surtout qu'il dépasse
Triumph Or Agony de la tête et des épaules (mais était-ce difficile ?), mais qui ne mérite peut-être pas un tel battage médiatique. Mais bon, c'est
Rhapsody Of Fire, l'attente fait que cet opus se vendra certainement par palettes entières (enfin, avec la crise du disque...) et qu'en règle générale, les chroniques seront plutôt très flatteuses envers nos ritals préférés. Ou pas.