Quand Rob Halford effectue son grand retour au sein du Priest au détriment du besogneux Tim Owen, c'est la fête chez les fans du Priest dont certains n'avaient pas écouté les deux albums avec Ripper,
Jugulator et
Demolition, prétextant que sans Rob, Judas n'est pas Judas. Certes. Si on veut, même si les avis diverges sur ce point précis. Aussi,
Angel Of Retribution était attendu comme le Messie (pour un groupe comme Judas Priest, c'est un comble !). Mais là, certains trouvèrent l'album mitigé, comme une espèce de retour en arrière sans le charme des productions passées, le Priest s'auto-recyclant pour un disque qui s'installe dans une continuité logique après
Painkiller en faisant fi des deux disques avec Owen. En présentant un Rob à la voix altérée, ce n'était pas la meilleure façon de rassurer les fans.
Aussi, l'annonce d'un double album conceptuel a fait couler plus de salive que d'encre, vu que la notoriété du Priest en France va en diminuant. Qu'allait-on découvrir ? Une histoire où le nom du groupe serait mis en avant et qui se déroulerait à l'époque de la crucifixion de Jésus ? Une aventure du Painkiller traité façon comic book accompagné de la bd pour bien faire ? Ou alors le groupe s'attaquerait-il à un récit existant déjà, type Orange Mécanique ou Terminator, enfin, quelque chose basé sur l'image que le groupe véhicule depuis près de trente ans ? Non, il s'agira d'un concept sur Nostradamus et là, on peut faire la soupe à la grimace vu que le sujet à souvent été débattu soit sur une chanson ou sur album par
Helloween,
Haggard,
Stratovarius ou
Nikolo Kotsev et son opéra rock nommé Nostradamus, sans oublier le groupe
Nostradameus, avec un E, mais...
Ce ne sera donc pas un sujet totalement inédit.
Ensuite, l'album est produit par la paire Tipton/Downing, là où l'apport d'un producteur aurait été judicieux : un regard extérieur aurait peut-être permis au groupe d'étoffer un peu plus la chose. Là, le son est un peu étouffé et la voix d'Halford se trouve très en avant, fatiguée. De nombreux passages de claviers, assurés par
Don Airey (
Deep Purple,
Rainbow...), se montrent envahissants et noient le reste du groupe qui a du mal à s'exprimer, si ce n'est dans des soli qui ne se font pas sous forme de duels, mais qui semblent parfois presque imposés parce qu'une chanson en a besoin par tradition. De ce côté là, ce n'est pas la panacée.
Malheureusement, l'ambiance que veut instaurer le groupe ne sied pas au sujet. Quand je vois une annonce mettant en avant les Cavaliers de l'Apocalypse, je m'attends à de l'effrayant. Les Fléaux que sont War, Pestilence And Plague et Death ne m'inspirent rien. La musique est épique, d'accord, mais si l'Apocalypse ressemble à ça, ça promet d'être une partie de plaisir. En comparaison, les cavaliers décrits dans le livre De Bons Présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett se montrent bien plus effrayant et c'est de la parodie de l'Apocalypse dans ce cas là... Alors on les laisse passé, on leur tapote gentiment l'épaule en leur demandant si c'est vraiment la fin du monde et écoute la fin du disque qui peine toujours autant à distiller des sentiments. Et c'est là que l'on s'aperçoit que Judas Priest n'est pas un groupe qui habituellement mise sur les sentiments dans la musique et s'adonne plus volontiers à l'efficacité pure et simple. Et là, c'est le contraire. Et on est loin d'un Beyond The Realms Of Death qui arrivait à donner le grand frisson...
Le premier disque s'achève et laisse une impression bizarre. Le groupe n'est pas à fond. La dramatique est bancale et le groupe n'ose pas envoyer la sauce comme il sait si bien le faire. On passe au second disque et il faudra passer huit titres passablement mous pour que l'on est enfin une explosion, un choc tellurique avec Nostradamus, dans la veine du Priest habituel, avec une rythmique efficace et des guitares acérées épaulant un Rob Halford qui se montre avec une gniack retrouvée ! Mais le constat est amer. Très peu de morceaux qui tiennent en haleine, une seconde moitié d'album soporifique conclue par un réveil brutal...
Il y avait des moyens de réaliser un concept album sans trop s'éloigner de son style habituel :
Savatage,
King Diamond,
WASP,
Cradle Of Filth,
Scorpions,
Queensrÿche... Mais Judas Priest a tourné quelque peu le dos à son style habituel et s'est montré ambitieux, trop peut-être avec un sujet déjà exploré qui ne laisse plus place à la surprise. Alors évidemment, cela n'empêchera pas les fans hardcore du groupe de crier au génie, mais on est en droit d'être déçu par ce double album qui manque cruellement de saveur.