A une époque,
Scorpions n'y allait pas avec le dos de la cuillère quand il s'agissait de sortir une pochette marquante. Si l'on se souvient plus facilement de celles des années 80, Love At The First Sting en tête avec son érotisme torride, l'originale de Virgin Killer commence à être lentement oublié et c'est peut-être mieux, tant elle st tendancieuse. Entre l'adolescente pré pubère nue et la marque d'un impact placé à l'entre-jambe, on comprend aisément qu'en cette année 1976, les foudres de la censure se soient élevées un peu partout dans le monde, ce qui força le groupe à en proposer une autre, alternative et assez kitsch, représentant les musiciens. D'ailleurs, ces derniers avouent que si c'était à refaire, ils ne franchiraient pas le pas. Ah ! La fougue de la jeunesse !
Passant outre ce détail somme toute insignifiant, Virgin Killer se présente comme la suite logique du magnifique In Trance. Cette fois-ci, les membres de
Scorpions durcissent un peu plus le ton. L'ensemble sonne de façon bien plus hard rock, les ballades sont bien moins présentes.
Uli Jon Roth a parfaitement trouvé ses marques et s'en donne à coeur joie dans le domaine de la composition, apportant son psychédélisme et son intérêt pour Jimi Hendrix dans la musique de la formation. Même s'il ne faut pas s'attendre à des partitions proche de celles d'un Electric Ladyland, on retrouve cette touche particulière dans les soli de l'homme, qui joue vite, très vite.
Cependant, il n'est point question de heavy metal ici. Cela reste encore assez léger, avec des rythmes assez lents qui se teintent de temps en temps de claviers. La batterie n'est pas assez appuyée pour apporter la lourdeur nécessaire également, le psychédélisme est souvent trop présent pour tendre dans la direction du metal lourd, ce qui ne sera plus franchement le cas sur l'album suivant.
Klaus Meine s'illustre de bien belle façon également. Il devient de plus en plus à l'aise derrière le micro et sa maîtrise de l'anglais, parfois légèrement approximative, passe mieux. Cependant, il laisse sa place à Roth sur deux titres,
Hellcat et
Polar Nights. Si Roth est un guitariste de grand talent, son chant plus âpre permet d'apporter des couleurs plus sombres, mais il lui manque le sens de la mélodie qui semble inné chez Meine. Ce dernier arrive en effet à passer de la ballade soignée aux passages les plus hargneux en un clin d'oeil, il ne semble pas souffrir des différences de ton à employer. Le contraste entre
Crying Days et le title track est à ce titre assez révélateur : on passe d'une virulence appréciable à quelque chose de posé, harmonieux, à l'instar du chant pratiqué par
Freddie Mercury au sein de
Queen.
Et la messe est dite en l'espace de neuf titres pour un peu moins de quarante minutes de musique. Il ne fallait guère plus à
Scorpions pour surfer sur la dynamique du précédent album en durcissant le ton ce qu'il faut pour marquer une nette évolution dans la style, dans la volonté d'aller de l'avant. Et le groupe se montre séduisant à défaut d'être totalement impérial, il remplit son rôle, celui de trouble-fête sur la scène européenne, en ouvrant l'Allemagne au rock dur, initiant derrière eux toute une scène qui sera fortement marquée.
Virgin Killer, un disque fort à la pochette incompréhensible, mais un album attachant auquel on aime revenir. Même si tout est encore perfectible, on sens déjà tout le potentiel d'un groupe qui allait connaître une certaine destinée avant de se brûler les ailes en jouant avec le feu (contrairement à Icare qui a juste fait la connerie de vouloir se rapprocher du soleil). Un des disques des années 70 à avoir pour les
Scorpions, il vaut bien mieux que de nombreux albums sortis entre la moitié des années 80 et la fin des années 90... Avec un peu plus de magie, il serait juste un incontournable du genre. Juste.