Alors Batou, tu t’es enfin décidé à nous rendre visite ? Tu verras, on s’y fait vite. Je veux dire aux fous bien sûr, tu croyais que je parlais de cette foutue chemise blanche nouée dans le dos ? Ahahah ! Sacré Batou ! En fait, sous tes allures de gothique batcave, t’es plutôt du genre comique, toi aussi ? D’ailleurs tu connais cette blague ? Argh ! Non, apparemment, tu ne veux pas l’entendre, ok, ok, on fera comme tu le veux.
Le nouveau ? Ah, bonne question, Batman. T’es moins con que tu en as l’air pour une chauve-souris ! Figure toi que
Alice Cooper a atterri ici pour alcoolisme ! Lace And Whiskey a été un naufrage et le pauvre, il a bu le whisky jusqu’à la lie ! Par bouteilles entières. Mais je suis d’accord avec toi, envoyer quelqu’un à l’asile pour ce genre de problème est criminel. Tu conviendras qu’à Arkham, nous sommes tous des criminels, ahah ! Surtout cet imbécile de directeur avec ses mesures disciplinaires à la noix. Je vais faire comment pour m’enfuir moi maintenant si tous les quartiers deviennent de haute sécurité, hein ? Je vais devoir jouer les sains d’esprits ? Mais qu’est-ce que la folie, hein Batou ? C’est se déguiser en chauve-souris pour tabasser du vilain ou c’est être psychopathe ? La frontière est mince, n’est-ce pas ? Et ce pauvre Alice… regarde-le, son air accablé, son maquillage qui coule… Il voit qu’il est entouré de personnes bien plus atteintes que lui, et au milieu des assassins, des obsédés sexuels, des pervers et des drogués, qu’est-ce qu’un pauvre alcoolique, hein ?
Snif snif ? Tu sens Batman ? C’est Harvey Dent qui s’est encore fait dessus. Tu vois, les médecins lui ont confisqué sa pièce et lui ont donné un jeu de
tarot. Tirer 78 cartes pour savoir si oui ou non il doit chier sur un chiotte ou non, ben ça prend du temps, tu vois ? Qui sont les fous ? Ah ! Batou, tu vas me rendre jaloux, je vois que tu t’intéresse plus au cas de
Alice Cooper qu’à moi. Il a quoi de plus que moi ce clown ? Ah ? Tu es fan… Merde, je savais que j’aurais du faire de la musique. Joker Cooper, ça sonne bien, non ? Oui, il fait un album sur cette situation pénible pour lui.
Oui, oui, c’est particulier et non, même si 1978 est une années marquée par le punk, il ne change pas son fusil d’épaule, il part toujours à la chasse au rock calibré FM. Mais il s’entoure bien le bougre. Tu imagines que les musiciens de Toto, dont
Steve Lukather jouent et composent pour lui, toujours accompagné par le génial
Dick Wagner, tu sais, l’un des responsables de l’excellent
Welcome To My Nightmare. Oh mais suis-je bête Batou, tu le sais puisque tu es fan !
Et bon, je te dirai qu’en toute franchise, ce n’est pas super bon musicalement parlant. C’est convenu. Ceux qui ont suivi l’affaire depuis Goes To Hell et Lace And Whiskey ne seront pas le moins du monde dépaysés. C’est assez plat, morne devrais-je dire. On passe facilement d’une ambiance enjouée comme sur
For Veronica’s Sake à des choses plus tristes, qui te rappellent qu’avant d’être un boucher, tu es un homme et que tu as une sensibilité (
How You Gonna See Me Now). D’ailleurs, tu te souviens quand j’ai fait sauter le panier à chatons de Catwoman ? Sa tronche héhéhé ! Argh ! Aïe ! Non, ça ne te fait pas rire… Décidément…
Tu reviens encore à
Alice Cooper ?!? Sérieux Batou, je vais finir par m’énerver. Musicalement, ça ne tient pas la route, oui. Mais attend de lire les paroles. Là, tu vas comprendre l’intérêt de cet album et comment tout s’imbrique en définitive très facilement. Un piano à la Elton John ? Et alors ? Des chœurs qui ne font pas virils ? Et alors ? Un duo avec
Marcy Levy, qui avait chanté avec Bob Seger ou Eric Clapton sur
Millie Billie ? Et alors ? Le ciment de ce disque, ce ne sont pas les pistes instrumentales disparates, mais les paroles qui tournent autour des expériences de
Alice Cooper dans cet asile. Et là, c’est de l’émotion à l’état pur. On n’insiste jamais assez sur les paroles, je trouve et là, c’est justement LE disque qu’il faut écouter tout en lisant les lyrics de ce bon vieux
Vincent Furnier, elles forment la base d’un canevas à l’image des patients d’un asile : décousu. Et là, les divers sentiments viennent te frapper avec force, Batou, tu as envie de rire, mais tu vas pleurer, parce que la folie, c’est sournois. N’oublie pas
Serious (why so serious d’ailleurs, hein ?) ni
Inmates(We’re All Crazy) avec ses choeurs insupportables, dignes de
Welcome To My Nightmare. Parce que lorsque l’on s’en rend compte que l’on est fou, c’est tout simplement un cauchemar. D’ailleurs, ce serait bien que tu comprennes, Batou, que tu es aussi cinglé que moi, non ? Aïe ! Non, d’accord, mais arrête de me frapper, s’teuplait…
Malheureusement pour Alice, c’est sur la musique qu’il va être jugé. C’est con comme ça marche, hein ? Regarde, moi j’ai un gaz hilarant mortel et lui, ben, il a sa tronche pour lui, mais c’est toujours sur la musique qu’on le jugera, jamais sur le reste, sur les à-côtés ni sur les paroles. Alors que
From The Inside est justement un album introspectif qui demande à que l’on rentre dedans corps et âme... Au risque de l’y laisser. Tu vois ce que je veux dire Batou ?
Bien sûr Batman, cet album va être un plantage ! Tu t’attendais à quoi, hein ? Qu’un mec dise « j’ai vécu Vol Au-dessus d’un Nid de Coucou » ou « j’ai survécu à Arkham Asylum sans m’être fait mordre par le Joker » et qu’il va être applaudi, encensé et tout ? On parle de la folie, là, la chauve-souris. Et que tu le veuilles ou non, c’est un sujet qui fait peur. Poses-toi cette question en te regardant dans une glace : « Suis-je fou ? » et tu verras si c’est facile. Mais crois-moi, c’est dommage pour Alice. Hey ! Sympa ta nouvelle absence de parapluie, le Pingouin ! Ahahah !
Alors Batou, tu t’en vas déjà ? Ah, je comprends, c’est pas agréable comme disque, ça te met devant tes problèmes, hein ? Tu devines ce que c’est que l’empathie si tu ne l’as pas ressentie avant, à l’écoute d’un tel album. Et il est bon, c’est ça le plus triste de l’histoire. Bon. Mais pas très bon, pas excellent. Juste bon et c’est ça qui est dommage. Plus carré, plus droit dans ses bottes, ça aurait été une tuerie comme je les aime, mais voilà, est-ce que ça aurait cadré avec le sujet, hein ? Et n’oublie pas, Batou : WHY SO SERIOUS ?