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Chroniques :: Chronique de The Great Divider

Chronique de The Great Divider

Solekahn  - The Great Divider (Album)

Le monolithe mystérieux



Voici une entité on ne peut plus singulière dans le petit monde du Death Metal hexagonal. A première vue, Solekahn fait partie de ces groupes encore attachés à une conception antique, et presque anachronique du métal de la mort. Entendons par là, qu’il reste fondamentalement défenseur d’un son épais et poisseux, et d’une musique préférant la teneur morbide à la démonstration stérile. Une expression, ayant déployé toute sa quintessence mortuaire dans les cryptes putrides de grands fossoyeurs tels qu’Immolation et Incantation, avant que le style ne fasse majoritairement l’objet de la course à l’armement technique et physique que l’on observe aujourd’hui.

Il serait toutefois grandement réducteur d’enfermer trop hâtivement ce trio, dans le marécage des formations embourbées dans leur masturbation nostalgique, et se bornant uniquement à patauger dans les fosses fangeuses creusées jadis par la séminalité d’un genre, ayant subi depuis nombre de fluctuations. En effet, bien que le propos mis en œuvre ici, se situe à des années-lumière de la sophistication brutale et techno-mélodique qui règne quasiment sans partage à l’heure actuelle, il n’est pourtant nullement question d’assister à un énième ersatz des groupes précédemment cités.

S’inscrivant à contre-courant de la majorité des productions ayant le vent en poupe, et après la publication d’un premier maxi relativement confidentiel, ces Alsaciens lâchent en 2004 cet imposant pavé sonore, sous l’égide du défunt Sacral Productions, et force est de reconnaître que sous ses faux-semblants traditionalistes, The Great Divider cache d'insoupçonnables facettes atypiques.

Ce constat, prend effet dès la surprenante intro The Announcement, abattant d’emblée un riff vicieux d’une lourdeur monolithique, et bifurquant brusquement vers une plénitude aux échos de violons synthétiques, dont les résonances inquiétantes et presque mélancoliques, établissent un contraste aussi immédiat qu’étonnant. Une impression, qui ne fait que se confirmer au fur et à mesure que l’on parcourt les chapitres de ce livre noir et mystérieux. L’ambiance y est infiniment sombre, le ton est grave, presque solennel, et le monolithe révèle progressivement toute sa complexité, au gré de morceaux recelant bien plus de variations qu‘il n’y paraît. Une complexité difficilement perceptible au premier abord, et pourtant indiciblement présente. Car sous l’épaisseur de cette production artisanale et rocailleuse; sous ces guitares baveuses et abrasives; sous ces riffs visqueux passés au papier de verre, et sous cette batterie magmatique à la chaleur acoustique bienvenue, il y a une volonté structurelle quasi-progressive, rendant l’ensemble incroyablement attractif.
Cette attraction s’exerce en effet inéluctablement, le maître-mot ici, étant incontestablement "gravité". Les morceaux défilent, alternant mélodies infiniment noires et ténébreuses; déferlantes apocalyptiques et moments atmosphériques; blast beats furieux et tempos pachydermiques; voix gutturales des abysses et rares passages chantés, donnant lieu à de véritables instants de grâce, aérant ce maelström glouton ultra massif, dont l’atmosphère sinistre et empoisonnée, semble aussi vertigineuse qu'un puits sans fond. Un périple parsemé d’embûches et de rebondissements, qui trouve son point d’orgue dans l’excellent épilogue-fleuve A Stream : pièce de plus de seize minutes à la structure progressive impressionnante, débutant par une ambiance semi-acoustique emplie de sérénité, et montant crescendo jusqu’à atteindre un climat éminemment malsain, dans un foisonnement de riffs véhéments et dominateurs.
Avec un minimum de recul, on constate que cet opus s’invite assez sournoisement chez l’auditeur : il dévoile ses secrets au terme de multiples écoutes, et parvient à convaincre par sa présence évocatrice, la profondeur de ses atmosphères, et son puissant mysticisme.

Solekahn délivre donc une prestation plus qu’honorable. Une musique authentique et tourmentée, imposante et habitée, simple dans son exécution mais non linéaire car structurellement très riche, qui malgré sa parure "old school", culmine bien au dessus de la morosité ambiante. Silencieux depuis sa sortie, gageons que le groupe sorte rapidement de sa torpeur, et dote ce très bon cru 2004 d’un digne successeur.
A la fois massif et dévorant, brutal et progressif, lourd comme le titane et noir comme l’ébène, The Great Divider se présentait comme une pièce de choix dans l’univers saturé du métal de la mort, mais n’a visiblement récolté ni la reconnaissance, ni l'encouragement qu’il mérite. Ceci dit, il n’est pas encore trop tard pour y remédier.

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par Neptune, le 27 décembre 2010
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The Great Divider - Infos

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Infos de The Great Divider
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Sortie : 2004
Genre : Death Metal Brutal & évolutif
Label : Sacral Productions
Playlist :
1. The Announcement (03:01)
2. The Choice Of Path (04:14)listen
3. Lambs Breeding Monsters (03:37)listen
4. Circle (04:26)
5. Mask Through Wounds (07:45)
6. Woodland Choir (00:55)
7. Magnetic Storm (06:06)
8. Sentences Open (06:41)
9. Suffering Winds (02:49)
10. A Stream (16:41)
écouter : Ecouter l'album



Solekahn

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The Great Divider
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