Selon que l'on soit un homme ou une femme, une pochette agira différemment sur la personne. Prenons celle de ce
Profoundemonium. Elle est clairement adressée à un public masculin, avec cette jeune femme vêtue d'un drap et armée d'un martinet. Un érotisme soft et légèrement sado-maso, qui oeuvre dans la délicatesse là où d'autres groupes (
Atrocity en tête) auraient trouvé le moyen de passer de la case suggestion à la case démonstration. Et forcément, une jaquette d'une telle sensualité devient un sérieux argument de vente, dans un univers où l'apparence devient de plus en plus important. En soignant son imagerie,
Trail Of Tears trouve le moyen idéal pour booster sa popularité, même si le groupe a toujours navigué à
contre-courant du metal gothique en choisissant des couleurs très chaudes, là où le noir et les dérivés de gris sont des codes.
Aussi, le groupe soigne-t-il également sa prestation musicale en vue d'être en phase avec son visuel. L'introduction est à ce titre remarquable.
Trail Of Tears n'a pas forcément de gros moyens, mais ils parviennent à créer une ambiance particulière, épique et onirique, qui se complait sur une simplicité étonnante pendant deux minutes sans jamais sembler longuette. Le mariage avec
Driven Through The Ruins est du coup très réussi. La guitare prend le relai, accompagné d'une basse qui semble progresser dans une mer de mercure et une batterie carrée. Le clavier s'installe pour lisser les pourtours et donner toute la dimension gothique dont le groupe à besoin. Le chant death vient trancher habilement, apportant la rugosité nécessaire pour ne pas sombrer dans un mimétisme social avec les standards du genre. La voix féminine quant à elle, se montre surtout satisfaisante quand elle ne cherche pas à aller empiéter sur les plates-bandes de
Tarja. Le côté soprano est moins intéressant que le chant normal dans ce cas et vient alourdir quelque peu le propos.
Driven Through The Ruins reste un excellent titre qui marque les esprits.
Trail Of Tears se déchirera d'ailleurs sur cette première moitié d'album.
Fragile Emotional Disorder et ses variations de thème se montre très convaincant, entre la rudesse d'une façade death et la subtilité de mélodies soignée et doucereuses, ou encore le titre éponyme et cette basse qui parait aquatique tant elle prend de l'ampleur, s'étale en vagues assourdissantes.
Puis il y a un intermède instrumental,
In Frustration's Preludium. Et là, on rentre dans dans une seconde partie de disque bien moins inspirée que la première. Autant la recherche mélodique et les compositions marquaient beaucoup précédemment, autant nous nous retrouvons dans un milieu sans surprises. La magie n'agit plus. L'opération séduction vire à la catastrophe, comme si la pomme, magnifique à l'extérieure, était verrée. Les accroches ne sont plus là. Et c'est franchement dommage, parce que cela vient nuire au travail effectué précédemment.
Bien sûr, on retrouve quelques titres intéressants, tout n'est pas à jeter non plus. Mais il manque ce qui rendait les idées développées précédemment si prenantes : une qualité d'écriture plus originale, qui ne vampirisait pas des idées déjà placées ça et là, qui avaient plus de personnalité. Et c'est là que c'est décevant : ça devient facile au lieu de poursuivre dans la voie que
Trail Of Tears s'était tracée.
Profoundemonium n'est pas qu'un album à posséder pour sa pochette (tas de pervers !), mais également pour une première moitié très convaincante et des titres ça et là qui peuvent séduire. Le disque est loin d'être une catastrophe, il est même plutôt bon. L'ironie veut qu'il aurait pu être somptueux avec un coup de fouet supplémentaire...