Fier représentant d’un Post/Hardcore voué à l’anéantissement par le progressisme du Post/Rock, obscur groupe belge aux goûts scéniques intriguants et porteur d’un style infranchissable pour le non-initié,
Amenra, s’il est un groupe pas forcément connu dans le Metal, gagne en 2005 le respect de la scène Post/Hardcore avec son Mass III, véritable premier album, flambeau du porte-étendard de l’Apocalypse.
Amenra ne joue pas comme les autres, ceux qui ont plongé leur musique massive d’origine dans le bain des mélodies Mogwaïennes vite fatiguantes. Il fait partie des quelques rares formations restantes qui jouent encore un mur de son inpénétrable mais fort de subtilités qui ne se rencontrent qu’à la toute fin du voyage.
Le Mass III d’
Amenra est souvent cité comme un album exemple, à la limite de l’idyllique, entrainant parfois un négationnisme vraiment absurde. Car Mass III existe, et si l’on comprend qu’il n’ait pas été souvent approché, on saisit aussi à quel point l’aura de mystère qui l’accompagne se veut logique. Cette aura dont on parle, c’est celle que dégage l’opus, un brouillard où les bribes de lumière attaquent la rétine par saccades, sans trop savoir si l’illusion était ou non. L’écoute de Mass III se fait dans la longueur, dans la torpeur, dans l’attention. On est vite frappé par ce que dégage le son des belges. « The
Pain. It is shapeless. We are your shapeless pain. » est un premier coup de poing pour le mortel tant les guitares sont abrasives et spectrales. Le son d’
Amenra est comparable à la fumée, filtrant l’espace sans pouvoir être perçu ; le monolithique rampant du titre renvoie à l’aspect Sludge du groupe, que ne renierait pas un
Mastodon dans sa forme la plus sombre.
Quand
Amenra souhaite reposer l’auditeur, c’est pour mieux le secouer après, ce que faisait très bien
Blut aus Nord avec son
The Mystical Beast of Rebellion par exemple. Les légères interludes souvent annonciatrices du chaos (la perle « Némellèndèlle. Twuhste En Tljiste. » Doom et sauvage) ne sont pas faites pour fournir l’oxygène nécessaire, du moins durant les trois premiers titres, avant que le chant féminin vienne reposer le tout sur la superbe et spirituelle « Die Strafe. Am Kreuz. Ich schreibe eine Bibel in Blut », rappelant alors le chant sur Oceanic d’
Isis. Si, de la première à la quatrième piste,
Amenra se veut étouffant, il se change en un groupe plus éthéré sur „From Birth to
Grave From shadow to light“, entrainant alors son album vers plus de convenance et donc de semi-échec.
Et critiquer la bête est possible car Mass III n’est certainement pas exempt de défauts. Le grand album cité comme référence du Post/Hardcore francophone ne peut se targuer de faire un sans faute et ce, notamment à cause de certains morceaux, dont le dernier cité. En choisissant d’incorporer un titre minimal et proche du Post/Rock,
Amenra se pourfend. Les belges, après avoir tailladé leur auditeur sur quatre titres, le soigne, et c’est là le problème. « From birth to grave from shadow to light » est un morceau inutile, d’autant que sa fin, qui aurait dû rester instrumentale, se voit garnie d’un chant dispensable. De plus, certaines parties manquent parfois de souffle, comme « Ritual », sans grande surprise et loin de « Die Strafe. Am Kreuz. Ich schreibe eine Bibel in Blut » par exemple, qui posséde un attrait Noisy certain.
Avec Mass III,
Amenra signe un premier album significatif d’une certaine forme de Post. Le groupe joue inventif, puissant (la production, bien que assourdie pour créer le mur de son, est terrible) et avec maîtrise ; sa musique se veut sombre, intense et pachydermique, avec un côté Doom proche des français de
Year of no light. La création est là, les guitares, si elles ne prônent pas la technique, déchainent un torrent de riffs ingénieux car mémorables (« Némellèndèlle ») ; le chant est, lui, typique du genre, hurlé avec rage et avec de rares passages clairs bienvenus (la mid-tempo « Le Fils des faux »). Du coup,
Amenra frappe fort mais s’étouffe en fin d’album, en s’engageant dans une bréche trop étroite pour lui, cherchant à calmer son jeu avec un Post/Rock convenu et surtout inutile. Néanmoins, on ne saurait que trop conseiller ce Mass III dont le renom n’est pas qu’un simple bruit de couloir.