S'il y a un album à montrer du doigt avec révérence, un disque dans la genèse du hard rock qui aura marqué un peu plus que les autres, un disque à la pochette à l'image de la légende, ce serait In Rock de Deep Purple. Et pourtant, les choses ne se présentaient pas aussi bien que cela à l'origine.
En 1969, le groupe avait déjà sorti trois albums :
Shade Of Deep Purple,
The Book Of Taliesyn et
Deep Purple. On sentait que tout n'était pas encore en place, qu'il manquait une ligne directrice au combo, un déclic également qui lui permettrait d'avoir une personnalité qui lui soit propre. A force d'évoluer entre reprises et rock psychédélique, le groupe tournait en rond et malgré quelques volontés de sortir du lot (le sombre April sur l'album éponyme...), il stagnait. Aussi le Mark I était destiné à mourir. Blackmore se spare de Nick Simper et Rod Evans.
Ian Gillan est le premier à rejoindre les rangs, suivi de peu par son ami
Roger Glover à la basse. Le Mark II était né. Personne ne savait encore à quel point il deviendrait mythique.
Quand In Rock sort, la face du rock avait déjà changé :
Led Zeppelin avait donné les premiers balbutiements du hard rock,
Black Sabbath s'apprétait à initier le heavy metal,
Uriah Heep venait de naître et préparait son premier album qui prenait des accents épique. Deep Purple se pose au milieu de tout ça : plus violent qu'un Led Zeppelin, plus rapide qu'un Black Sabbath sans en avoir la lourdeur. En effet, dès l'intro dissonante de Speed King, on remarque le son de guitare, distordu, à la limite du larsen. La musique explose dans tous les sens, intense, magnifique. Le groupe franchi un pas de géant en l'espace d'un an...
La formule est pourtant simple. Derrière, le duo basse/batterie apporte des rythmes effrénés, sans oublier un sens du groove radical tandis que la guitare s'allie à un orgue Hammond au son aigrelet jusque dans les soli où Blackmore et Lord se livrent à des joutes complices et implacables à la fois. Et sur le devant de la scène, un vocaliste étonnant, au caractère bien trempé, qui chante, puis hurle à s'en péter les cordes vocales. Une formule qui caractérisera cette première monture du Mark II et qui s'illustre habilement sur des morceaux comme Speed King ou Child In Time (ouvertement inspiré de la chanson Bombay Calling du Groupe It's A Beautiful Day). Cette dernière est particulièrement remarquable, avec ses montées en puissance successives, initiées par un clavier épique auquel une guitare sournoise vient répliquer tandis que Gillan pousse des cris qui ont du marquer toutes les personnes ayant découvert cet album en 1970.
1970... Près de 40 ans plus tard, il est difficile de croire que cet album a été qualifié de bruitiste par une partie de la presse qui ne comprenait rien à la révolution musicale qui se préparait, mais aujourd'hui on peut très bien entendre l'influence que ce disque a eu. Du riff assassin de Speed King à la cavalcade d'un Hard Lovin' Man, il n'est pas difficile de se rendre compte que l'on a ici un modèle du genre.
In Rock, c'est un pari osé d'un groupe que l'on n'attendait alors pas à ce niveau et c'est aujourd'hui un des disques phare du genre, un disque qui a marqué l'histoire de la musique. A posséder, what else ?