De l’eau a coulé sous les ponts depuis In The Raven’s Shadow il y a quasiment 10 ans…
Entre changements de line-up, changement d’horizons musicaux,
Himinbjørg a pourtant su s’imposer comme une valeur sûre de la scène Pagan en France.
Et après Europa et la chute du label Adipocère, on n’avait plus vraiment entendu parler du groupe… Et pourtant, même s’il est resté très confidentiel,
Himinbjørg a bel et bien enregistré un nouvel album en fin d’année dernière. Peu exposé médiatiquement, il aura fallu suivre de manière assidue les actualités du groupe pour avoir vent de la sortie de ce nouvel opus :
Chants d'Hier, Chants de Guerre, Chants de la Terre.
Il est vrai que depuis quelques temps la scène Pagan a grandement perdu se son intérêt. Sans doute la faute à un phénomène de mode qui a attiré trop de poseurs et de groupes sans âmes, misant le tout sur la technique et la pub, perdant ainsi de leur intégrisme… Et c’est bien dommage car cette scène était prometteuse. Et il faut bien l’avouer, le revival de groupes comme
Bran Barr ou
Nydvind, ou encore la droiture de
Belenos a grandement contribué à ressusciter l’intérêt pour cette scène en grande crise. Mais comme partout, il ne restera que les plus grands.
Et
Himinbjørg montre une fois de plus qu’il fait partie de ceux-là. Car même si le rayonnement médiatique est bien moindre, les fouineurs et les fans de la première heure verront encore en ce groupe une pointure incontournable !
Désormais sous la forme d’un one-man-band mené par Zahaah,
Himinbjørg a bravé les épreuves pour nous sortir ce nouvel opus d’une qualité rare et qui dévoile une maturité certaine !
Très vite on retrouvera un
Himinbjørg avec un nouveau visage. Si les précédents albums puisaient de manière affirmée la violence et la froideur du Black Metal, on retrouvait quelques discrets éléments folks. Ici, le discours est tout autre. Certes on retrouve efficacement une base bien Black pour certains morceaux, mais l’heure est désormais à l’introspection et à la communion avec la nature. C’est en tout cas ce qui se dégage de ces 10 hymnes païens. Le chant est très varié, les mélodies également, et au final,
Himinbjørg nous sert un album vraiment riche, abouti et travaillé. Et tout en gardant une certaine cohérence musicale tout au long de cette galette, Zahaah arrive sans cesse à toucher l’auditeur. L’alternance chant Black / chant clair presque incantatoire s’impose avec pertinence et justesse. Le chant clair ne peut que laisser l’auditeur rêveur, notamment sur des morceaux comme Grandes Chevauchées. Un morceau simple, construit sur une mélodie récurrente mais foutrement beau par sa simplicité.
Car si on retrouve une alternance dans les chants, on retrouve aussi une diversité dans les instruments utilisés, qu’ils soient acoustiques ou électriques. Ainsi, l’auditeur se retrouve plongé dans les repères confortables du Metal avec celui parfois plus déstabilisateur du folk (pour le fan de Metal de base). Et on retrouve même parfois des éléments issus plus directement du Heavy Metal dans l’approche de certaines parties de guitares. Cela contribue aussi sans doute à appréhender ces instants entre quiétude et agressivité païenne.
Avec ce nouvel opus, on voit une nette évolution avec le précédent disque Europa, mais aussi à travers toute la discographie du groupe jusqu’à maintenant. Et même si le groupe se dévoile sous un nouveau jour, on retrouve tout de même quelques éléments du
Himinbjørg tel qu’on le connaissait il y a quelques années plus tôt. Ainsi
Destin De Sang est du
Himinbjørg pure souche, avec ces éléments folkloriques plus affirmés. Mais on retrouve aussi d’autres morceaux assez étranges et occultes comme Futhark, à la fois glauque et ésotérique qui s’annonce comme une ode à l’ancien alphabet mystique des civilisations anciennes…
Chants d'Hier, Chants de Guerre, Chants de la Terre est un disque bien étrange et qui dévoile un nouveau visage, bien plus posé, d’un groupe jadis violent et hargneux. Mais au final, on ne sera pas si perdu puisque Zahaah nous assaille encore de la bonne vieille recette sur certains morceaux pour le plus grand plaisir de certains. Ainsi, ce nouvel opus est un album riche, prenant et de toute beauté. Dire que c’est le meilleur de la discographie serait mentir car les autres disques sont vraiment très bons aussi, mais ce dernier se dégage indéniablement du reste par son originalité. Il est juste dommage qu’il ne bénéficie pas d’une visibilité plus importante…