Depuis les débuts du talentueux et mésestimé
Yearning, je n’ai eu de cesse de clamer à qui voulait bien l’entendre, toute l’admiration que je portais à ce groupe, et au talent de son leader compositeur Juhani Palomäki. Figure atypique du Metal finlandais, s’étant singularisé par la grande mélancolie de sa musique et son sens inné de la mélodie tragique, il n’a malheureusement jamais jouit de la reconnaissance qu‘il mérite malgré cinq disques exceptionnels, et continue donc de sortir de véritables pépites dans l’indifférence quasi générale. Croisement improbable entre la sophistication et la finesse rythmique d’
Arcturus, et la froide beauté des plus grands noms du Doom tels que
My Dying Bride, ses disques demeurent hélas très confidentiels. Gageons que ce nouveau projet change la donne, ce ne serait que justice.
Sans doute désireux d’explorer les facettes les plus sombres de sa créativité, Juhani Palomäki a fondé en 2006 le monstre qu’est
Colosseum, allant ainsi au bout de sa logique et de ses penchants les plus obscures. Ici, point de voix claires et de rythmes soutenus, car c’est bien de Funeral Doom dont il est question. Cet album s’appréhende comme une lente et inexorable descente aux abîmes, sans possibilités de retour. A l’instar de groupes comme
Shape of Despair avec lequel il partage beaucoup,
Colosseum navigue dans les eaux marécageuses et grouillantes d’un genre galvaudé par tellement d’opportunistes, qu’il est maintenant devenu difficile d’y faire un tri.
J’avais été fortement impressionné par son premier effort
Chapter 1: Delirium sorti en 2007, qui faisait déjà preuve d'une maestria certaine, mais celui-ci représente l'expression de la tragédie sous sa forme la plus patente, faisant assurément partie, de ce qui s'est fait de plus déchirant depuis la création du genre. Car à l'inverse d'un grand nombre de croques-morts de pacotille saturant cette scène, sa musique sonne incroyablement juste, et ce qui fait une fois de plus toute la différence, c’est la remarquable qualité des ambiances, l'authenticité si touchante des mélodies. Contrairement à beaucoup d’albums du style se perdant dans les méandres de leur propre vacuité léthargique, et ne produisant au final d’autres sentiments que l’ennui et la lassitude,
Chapter 2: Numquam dégage une emphase dramatique peu commune et possède une cohésion rare.
Les pièces qui le composent ne sont ni plus ni moins que des appels au recueillement, comme en témoigne le cérémonieux
Towards the Infinite et sa trompette solennelle, à l’ambiance digne d’une marche funéraire emplie de gravité et de noblesse.
Demons Swarm By My Side et sa flûte onirique désenchantée, ou encore le poignant
The River, avec son intro arpégée de toute beauté et sa mélodie principale bouleversante de tristesse, sans oublier le bien nommé
Narcosis, plus planant, vaporeux et proche de la musique atmosphérique, et bien sûr le ténébreux
Prosperity, morceau d’une profondeur abyssale à la beauté sinistre, qui en l’espace de plus d’un quart d’heure se réapproprie le genre tout entier, sont autant de pièces maîtresses aussi définitives qu’incontournables. La chute se termine avec une suffocante outro, glauque, malsaine et particulièrement aliénante.
Dire que ce disque est touchant est un euphémisme. Il est désormais, au même titre qu‘un certain
Angels of Distress de leurs compatriotes
Shape Of Despair, une référence incontestable. Un album lourd, froid et triste comme une stèle abandonnée, émouvant comme un chagrin éternel et terriblement beau.
Une œuvre comme on aimerait en écouter plus souvent, et trop rare pour être ignorée. Vivement le troisième chapitre !