Windir… Ce nom résonne encore dans les esprits initiés, tel l’écho d’un champ de bataille. En effet, ce jeune et pourtant grand musicien qu’était Valfar, à redéfini en l’espace de quatre superbes albums ce que l’on nomme communément le Viking Black Metal. Il a créé un style unique et reconnaissable entre tous dès les premières secondes. Je me souviens encore de la claque monumentale prise un soir d’hiver 1998, suite à la découverte du magnifique
Arntor. Un disque aussi unique que somptueux, doté d’une aura à la fois épique, folk, et presque champêtre, avec sa guitare lead cristalline forgeant des mélodies inoubliables enrobées par ces claviers oniriques si particuliers, qui engendraient chez l’auditeur la vision de moult images, passant de l'obscurité à la lumière la plus éclatante. Ce chef d’œuvre a tourné en boucle pendant des semaines et des mois, et continue d'émerveiller aujourd'hui encore. Ce fût une révélation pour beaucoup.
Et puis un sombre jour de janvier 2004, l’invraisemblable et tragique nouvelle… Valfar est tombé, dans les bras de sa chère mère nature qu’il respectait tant.
Fort heureusement, ce géant norvégien a motivé des vocations, et les prétendants au trône laissé vacant par le défunt guerrier se sont succédés avec plus ou moins de panache.
Mistur est sans hésitation son héritier direct. Rien d’étonnant d’ailleurs car il compte en ses rangs le second guitariste de
Windir, Stian Bakketeig, et est basé tout comme lui dans la même localité, Songdal. Si le titre d’ouverture "Slaget", certes puissant et efficace mais nettement plus conventionnel, n‘est pas des plus enthousiasmants, dès le second "Svartsyn", la magie s’opère, et l’on est de nouveau convoyé malgré nous sur une terre lointaine, emplie de légendes et de fierté. Certes, on pourrait affirmer que cet album n’est qu’un plagiat et ce ne serait peut être pas tout à fait faux. Mais force est de reconnaître qu’aucun autre avant lui n’avait su ressusciter cette ambiance si spécifique, et de ce point de vue là, on ne peut que s’incliner.
Si l’on devait comparer
Attende à l’un des disques de
Windir, ce serait incontestablement l’incandescent
1184, les accents folk en moins. Le style d’écriture est très proche, alternant de longues pièces épiques et des titres plus rentre-dedans et énergiques, et la production quasi identique. Et pour cause :
Mistur a choisi d'enregistrer cet album au désormais célèbre studio Akkerhaugen, dans lequel son aïeul a immortalisé ses deux dernières œuvres, dont justement
1184.
Il serait en tous les cas dommage de passer à côté d'un disque aussi brillant, tant il regorge de moments riches et évocateurs.
De "Svartsyn" et son splendide break mélancolique soutenu par une voix féminine, jusqu'au guerrier "Skoddefjellet" et ses riffs conquérants terriblement accrocheurs (peut être le morceau le plus confondant de ressemblance avec
Windir), en passant par la chevauchée instrumentale qu'est "Mistur", illuminant le ciel nocturne par sa superbe mélodie sublimée par la pureté de cette guitare lead, c’est un enchantement total. Et puis surtout, il y a le morceau titre au souffle épique impressionnant, qui clôt l’album de façon magistrale. Un pavé de presque treize minutes à la montée progressive irrésistible, débutant par ces accords de piano d’une infinie mélancolie, et concluant en apothéose sur un final d’anthologie, avec une victorieuse mélodie guerrière tournant en boucle. Dantesque !
Je remercie en tous cas
Mistur pour ce magnifique voyage, qui a fait revivre en moi bon nombre de lointains et précieux souvenirs.
Repose en paix Valfar, ton travail a porté ses fruits. Tu as mérité ta place aux côtés de tes braves ancêtres au Valhalla...