Led Zeppelin IV. Un nom couramment donné à cet album, qui s'en trimbale bien d'autres, tout aussi peu officiels, comme Four Symbols, Sticks ou encore Zoso. Un disque qui a fait école, qui est devenu un classique à travers les âges, grâce à une seule chanson, qui est devenue avec le temps l'arbre qui cache la forêt, un diamant finement ouvragé qui attire l'oeil au détriment d'autres perles,
Stairway To Heaven. En résumé, c'est ça. Il n'y aurait pas grand chose à ajouter. Et pourtant, il y aurait tellement à dire sur ce disque mythique à la pochette énigmatique, tranchant complètement avec les précédentes qui mettaient en scène le dirigeable. Il y a quelque chose d'à la fois tranquillisant et inquiétant dans cette photographie, un mystère dissimulé derrière cet étrange vieil homme trimballant son fagot de bois immortalisé sur le mur d'une maison en ruine.
Mais que pouvait encore proposer
Led Zeppelin en 1971, après trois albums qui progressaient crescendo en qualité ? Après avoir posé les bases du hard rock, avoir initié une forme plus heavy de cette même musique et avoir fait des incursions réussies dans le folk, qu'avait-il encore à prouver ? Rien en somme. Sinon qu'il était toujours capable de faire aussi bien ? Peut-être oui. Et pour cela, ce disque ressemble fortement à un résumé de la première partie de leur carrière, en puisant allègrement dans leurs influences et en se faisant plaisir.
Cependant, il est bon de constater que le groupe ne se repose pas sur ses lauriers, malgré un départ des plus classiques :
Black Dog et
Rock'n'Roll sont plaisantes, certes. L'esprit est indéniablement rock'n'roll justement, surtout sur la seconde citée, où
John Bonham sort l'artillerie lourde pour le jeu de cymbales, typiquement à l'ancienne,
Robert Plant s'arrache la voix comme ce n'est pas possible, mais nous sommes en terrain connu et
Led Zeppelin, s'il est bon, ne va pas impressionner pour un sous pour l'ouverture de l'album. Comme si le Dirigeable était en perte de vitesse et qu'il vivait sur des acquis histoire d'assurer ses arrières. Une solution plausible, mais tout de suite démentie par la suite qui n'est que du bonheur.
Led Zeppelin III avait démontré les envies folk de
Jimmy Page et consort. Ici, le groupe récidive sur un
Battle Of Evermore troublant et épique, où Plant se partage le chant avec la regrettée
Sandy Denny, une des plus grande chanteuse folk britannique, pour un résultat qui donne des frissons. La dualité des voix est étonnante et la poésie qui se dégage de l'ensemble a quelque chose de poignant, dans un trip halluciné et hallucinogène. L'approche est subtile, moyenâgeuse dans l'esprit,
Led Zeppelin se fend d'un exercice que l'on imagine plus coutumier à quelqu'un comme
Ritchie Blackmore. Et cet unique duo dans l'histoire du Zep' restera un beau petit chef d'oeuvre.
Dans le trip halluciné, on retrouve également la patte originale du bassiste
John Paul Jones, membre le plus discret du groupe, mais à l'importance capitale pour l'équilibre des forces. Aussi,
Misty Mountain Hop et
When The Levee Breaks sont des titres étonnants, qui sortent de l'ordinaire. Le premier, par sa structure étrange, comme dictée par la loi de l'acide, très sautillante et en même temps ensorcelante dans son décalage, la seconde pour son esprit rock éthéré qui en faisait à l'époque un morceau en avance sur son temps, tout en feeling et en subtilité encore. Une subtilité qui est importante sur cet album comme en témoigne la délicate
Going To California, ballade toute bête au premier abord, mais qui permet à Plant de s'illustrer une fois de plus avec sa puissance vocale suffisante pour faire la différence.
Dans un registre plus hard, on retrouve la fabuleuse
Four Sticks et ses allures vaudou appréciables. Page s'offre un riff calqué sur ce que pouvait faire les Rolling Stones en l'adaptant à sa sauce, tout en efficacité, et derrière, le travail de Bonham aux fûts est tout simplement impeccable, tout en groove irrésistible, l'homme savait aussi apporter des nuances à sa force de frappe devenue légendaire.
Et
Stairway To Heaven... La fabuleuse
Stairway To Heaven, l'une des plus belles chanson du rock, une ballade qui monte progressivement en puissance avant les derniers mots où tout s'effondre, tragiquement, comme une conclusion injuste et cruelle. C'est tout simplement beau, les arpèges de Page sont à pleurer, la tessiture vocale de Plant fait le reste, encore une fois il se fait terriblement sexuel et sensuel. Et l'évolution de la guitare dessus est magnifique, jusqu'à ce solo où la force revient, carnassière, presque violente dans sa fougue, comme le baiser d'une femme qui n'espérait plus revoir son homme. Difficile d'y rester insensible, difficile de passer à côté, peu de groupes feront aussi bien dans le genre.
Mais ce
Led Zeppelin IV, c'est aussi un témoignage des passions pour les arts occultes de Page, les pages du livret sont émaillées d'indices sous forme d'illustrations ou de signes cabalistiques, il entraînera Plant dans certains de ses délires. C'est également un album où la drogue avait pas mal circulé sans pour autant briser la créativité des musiciens, un disque qui marquera aussi la fin d'une époque, avant que le dirigeable ne tente de nouvelles aventures musicales, avec toujours autant de réussite. Ce qui ressort aussi, c'est une impression d'unité entre les titres malgré une grande diversité de styles abordés. C'est loin d'être homogène, mais il y a malgré tout une espèce de ligne directrice fabuleuse tout le long de cet opus qui traversera les âges encore longtemps.
Avec cet album,
Led Zeppelin assoit définitivement sa réputation et devient une légende vivante du hard rock et du rock en général. Nous sommes au-delà d'un groupe, à une époque où la concurrence n'était pas aussi rude dans le genre et surtout, où l'ambiance était différente, où les concerts prenaient rapidement des dimensions épiques et où l'on vivait la musique différemment, où elle n'était pas encore jetable comme elle l'est devenu par la force des choses... L'album idéal du Zep', celui à conseiller ou à découvrir quand on ne connait pas. Coup de foudre garanti, ou presque. Mais pourquoi avoir sorti les deux plus mauvais titres en single ?!?