Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Nord

Chronique de Nord

Year Of No Light  - Nord (Album)

 8 
10

Resplendir face à l'urgence, s'égosiller au souffle du vent



Resplendir face à l'urgence et prouver qu'on peut créer dans un monde à l'agonie. Une année sans lumière sera ou ne sera pas avec les bordelais de Year of no light. Sans trahir leurs premiers idéaux, leur premier contact avec l'intérieur étouffant, ils veulent ressortir à l'air libre, respirer à nouveau la possibilité de l'élévation sonore en rassemblant leurs rituels sous le nom de Nord.

Le toucher primaire se fit avec cette demo, en apparence infime, au contenu ravageur. Les titres y étaient vifs, percutants, l'atmosphère diluée du Post-Hardcore n'était pas sacrifiée aux riffs d'ampleur pyramidale; y subsistait l'accusation pointée du doigt de la facilité d'une scéne caricaturale. Avec Nord, il n'y a pas de révolution mais une captation de ce que doit être le Post-Hardcore des temps modernes, un possible manifeste dont on parlera des années plus tard. Le style Year of no light, fortement instrumental, se complait dans le monolithique, qui n'intervient qu'après une longue captation de la douceur contemplative émanant de la psyché humaine, qui peut donner lieu à une douleur aïgue de l'âme. «Traversée» représente ce courant, ce monde qui se tient dans une poignée de main, qui lâche ses secrets avec parcimonie, dans la rage (le chant saturé y est pour beaucoup) et dans l'imprévision (la fin est inattendue). «La main de l'empereur» révèle le potentiel de Year of no light en matière de musique à progression purement instrumentale (la voix est un masque de souffrance) et contemplative, comme l'était dans la demo «Qu'importe qu'ils me craignent, pourvu qu'ils me haïssent»: une longue piste sensorielle qui ferait presque passer Cult of luna pour des planctons.

Toujours dans la surprise, jamais dans l'assurance facile de l'effet émis, les français cultivent l'art de l'enchainement, agençant des perles instrumentales Sludgy et mélodieuses où l'on baigne dans la lumière de notre satellite («Sélénite») pour mieux rebondir avec force lors d'éclats violents à extérioriser rapidement, tout en restant dans la recherche de la poussée céleste («L'angoisse du veilleur du nuit d'autoroute les soirs d'alarme à accident») qui permettra de continuer dans le choc frontal. La force de Year of no light c'est la construction même de son essai, bâti non comme une tour de Babel par un Nemrod trop sûr de lui, mais bien dans l'hésitation du mortel qui refonde un univers. Les morceaux issus de la demo s'imbriquent sans problème dans ce Nord à l'impact émotionnel immense et à la vitalité fièvreuse. Au lieu de nous offrir une musique sujette à réflexion pure comme le ferait Cult of luna, les bordelais vont au coeur du sujet, délivrent leur esprit de ce qui les chagrine («Tu as fait de moi un homme meilleur», linéaire) mais n'oublie pas de récompenser le bienheureux de sa progression salvatrice («Somnambule», pratiquement ambient lors de l'incursion de ces guitares en forme de nappes brumeuses). Sans jamais se détourner de son chemin, Year of no light avance lentement, mais a soif de tout dévoiler à son auditoire, des possibilités que l'on jugera infinie pour un jeune groupe qui manie déjà fort bien l'art des ambiances («Librium»). Reste que les français, même s'ils composent des titres excellents, peuvent encore progresser et amener vers d'autres territoires. Les riffs peuvent encore être plus marquants, les atmosphères plus exploitées.

Nord n'est pas le schéma quelconque d'un album de Post-Hardcore destiné à entrer dans le caveau de la suffisance. Il est un bloc, un monument qui crache à la face du monde, qui exploite la lueur céleste pour nous aveugler, qui parle d'hiver incandescent, de terre à fouler, d'étoiles à habiter. Aussi mystique que peut l'être sa magnifique pochette, Nord est surtout un album de Post-Hardcore made in France qui, s'il ne le fait pas déjà, peut bien pousser Year of no light à devenir une référence sur l'Hexagone. Les possibilités entrevues peuvent être cependant bien plus exploitées mais ce défaut ne résume en rien un essai voué à l'approbation future d'une scéne. Le destin de Year of no light se joue à partir d'ici. Pour les plus curieux, la suite expose Nord en prophéte.



Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


Voir les 11 commentaires précédents
Hé bien, après écoute, je dois t'avouer que j'ai énormément de mal à rentrer dans la musique de Year Of No Light. Pas qu'elle soit mauvaise, loin de là. Je trouve juste que la création d'ambiances passe trop par la répétition. J'aurais préféré que le groupe capte mon attention par un plus grand jeu sur les timbres (un peu plus exploiter le son de la basse et de la batterie, par exemple) et sur les dynamiques ("La Bouche de Vitus Bering" est lente et plombée tout du long). De plus, dans le cadre du studio, je pense que le groupe aurait pu expérimenter davantage avec les couches de bruits et de guitares. Le son reste très cru et "live", en fait. J'ajouterai que les atmosphères développées par Year Of No Light me tirent vers le bas, ce qui me plaît assez peu. Je respecte l'intégrité artistique de leur démarche mais je pense continuer à me fournir au rayon Made Out Of Babies et Battle Of Mice en ce qui concerne les saveurs "post". Quoi qu'il en soit, je comprends tout à fait que ce groupe trouve un public.
lun. 22 nov. 10- 14:26  
Va écouter leur dernier, peut-être trouveras-tu ton bonheur, il apporte autre chose ;)
lun. 22 nov. 10- 15:14  
Je suivrai ton conseil ! :-)
lun. 22 nov. 10- 19:06  


Nord - Infos

Voir la discographie de Year Of No Light
Infos de Nord
acheter sur Amazon
Sortie : 2006
Genre : Postcore
Playlist :
1. Sélénite (05:04)
2. L'angoisse du Veilleur de Nuit D'autoroute les Soirs D'alarme à Accident (03:02)
3. Traversée (09:00)
4. Librium (02:15)
5. Les Mains de L'empereur (09:57)
6. Tu As Fait de Moi un Homme Meilleur (04:40)
7. Somnambule (08:37)
8. Prosodia (02:34)listen
9. Par Économie Pendant la Crise on Éteint la Lumière au Bout du Tunnel (05:36)
10. 10. La Bouche de Vitus Bering (07:40)
écouter : Ecouter l'album



Year Of No Light

Year Of No Light
Year Of No Light
Voir la page du groupe
Création : 2001
Genre : Hardcore
Origine : France

Rapports de concerts:



Groupes en rapport


Albums chroniqués :
Chronique de Mammal
Mammal
2011

Altar Of Plagues
Altar Of Plagues
Voir la page du groupe
Création : 2006
Genre : Black Metal
Origine : Irlande


Albums chroniqués :
Chronique de Vertikal II
Vertikal II
2013

Chronique de Vertikal
Vertikal
2013

Chronique de Fire was born
Fire was born
2009

Chronique de Eternal Kingdom
Eternal Kingdom
2008

Cult of Luna
Cult of Luna
Voir la page du groupe
Création : 2000
Genre : Hardcore
Origine : Suède

Rapports de concerts:

Black Bomb A
Black Bomb A
Voir la page du groupe
Création : 1995
Genre : Hardcore
Origine : France

Concerts:
Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Hatebreed
Hatebreed
2009

Chronique de Supremacy
Supremacy
2006

Chronique de The Rise Of Brutality
The Rise Of Brutality
2003

Chronique de Perseverance
Perseverance
2002

Hatebreed
Hatebreed
Voir la page du groupe
Création : 1994
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Implosion
Implosion
2008

Self Defense
Self Defense
Voir la page du groupe
Création : 2004
Genre : Hardcore
Origine : France


Hopes Die Last
Hopes Die Last
Voir la page du groupe
Création : 2005
Genre : Hardcore
Origine : Italie

Rapports de concerts:

Walls Of Jericho
Walls Of Jericho
Voir la page du groupe
Création : 1998
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis

Rapports de concerts: