Si l’on devait jauger de la force et du talent d’un artiste à sa faculté de se réinventer et de surprendre son auditoire, nul doute que
Lee Dorian, chanteur et leader de
Cathedral, se verrait décrocher une belle place dans la catégorie « Expert en poutrage sonique ».
Depuis ses débuts au sein de
Napalm Death, l’homme aura su se faire caméléon au gré de ses envies pour écrire une belle page de l’histoire de la musique métal par l’intermédiaire de ses groupes et de sa maison de disque.
Rise Above Record est aujourd’hui un label qui compte dans son catalogue les plus grands groupes de la scène
Stoner (
Electric Wizard,
Orange Goblin,
Witchcraft notamment).
C’est que notre homme n’a pas son pareil pour désorienter ses fans et les surprendre par des choix artistiques gonflés mais souvent gagnant.
Malheureusement pour nous, si
Cathedral fut indéniablement un groupe phare des années 90, précurseur génial des mouvements
Doom (le traumatisant
Forest Of Equilibrium) et
Stoner (
The Ethereal Mirror), le groupe nous avait habitué ces dernières années à des sorties honorables mais sans plus, nous renforçant dans notre idée que le meilleur des anglais était derrière eux.
Ce fut donc avec perplexité et une joie toute contenue que
The Guessing Game se donna à nous sans trop y croire. Comme l'on se trompait.....
Après plusieurs écoutes de ce
Cathedral version 2010, il ne fait pas de doute que les intégristes crieront au scandale. Pensez donc,
Cathedral, tout au long de cet album quasi conceptuel, se permet le crime de lèse majesté de se jouer des styles et de mélanger le
Doom le plus sinistre à la Pop anglaise la plus naïve souvent dans un même titre pour un résultat délicieusement déconcertant.
Dès les premières minutes de ce voyage,
Immaculate Misconception donne le ton avec ses sonorités ultra vintage. Les claviers tout droit sortis d'une vieille série anglaise de science fiction des années 70 donnent un parfum particulier au propos du groupe et donne un vrai coup de jeune à la musique de
Cathedral. Paradoxe quand tu nous tiens.... Quand au reste de l'album, les anglais, après 5 ans d'absence discographique tout de même, n'ont pas été avares de leur temps et nous offrent un véritable festin de plus d'une heure de musique. Dense et divers,
The Guessing Game a, au délà de son éclectisme, de quoi contenter le plus grand nombre.
Les moins aventureux trouveront leur bonheur dans les titres les plus rentre-dedans et classiques du groupe (
Death of an Anarchist,
Painting In the Dark,
The Casket Chasers).
Les plus nostalgiques se délecteront du malsain et Doomesque
Requiem for the Voiceless.
Quand aux autres, ils profiteront du reste de cet album avec une extase rarement ressenti pour un groupe à la carrière aussi longue.
Funeral of Dreams et sa mélodie kitch à la sauce chorale d'hippies sous acide, les envolées Brit Pop de
Cats, Incense, Candles & Wine, le génialissime instrumental
The Guessing Game, le psyché
La noche del Buque Maldito et son chant très " Iggy Pop " sont des petites perles synonymes pour le quatuor d'inspiration retrouvée.
A l'image de
One Dimensional People qui réussit en quelques mesures à mélanger une mélodie
Maiden époque
Killers avec des passages Hardcore qu'
Unsane ne renierait pas,
Cathedral ose, ne se refuse rien et nous scotche à nos enceintes par tant d'inventivité.
Mais la perfection n'est pas de ce monde et devant tant d'ingéniosité, on pourra reprocher au groupe de jouer la facilité avec un
Edwige's Eyes ou un
Journey Into Jade somme toute trop classique et qui n'apporte pas grand chose à un album qui n'en reste pas moins brillant.
Si
The Guessing Game sera à coup sur l'album de la discorde et ne fera pas l'unanimité, ce disque est le plus rafraichissant des british depuis
The Ethereal Mirror. Ni plus, ni moins.. En jouant de son image et des barrières musicales,
Cathedral et
Lee Dorian ont réussi ce que l'on attendait plus d'eux : un coup de maître.
Vous avez envie de changer d'air, d'un petit trip intemporel et ludique ? Enfilez votre jean à patte d'eph' et votre chemise à fleur pour consommer sans modération cet authentique champignon hallucinogène musical. Si vous avez un peu d'imagination, il suffira de fermer les yeux pour avoir des frissons et voir apparaitre dans votre esprit des hippies, des dragons, des barbares en slip, des aliens en carton pâte, des John Steed en bad et quelques cadavres aux cheveux longs headbanguant dans une jubilation contagieuse et macabre.
Et puis, entre nous, être capable de réunir avec une telle classe des éléments métal et le flower power, il n'y a que les anglais pour faire cela....