Avec Crusader,
Saxon faisait clairement un appel du pays au public américain. Comme, ça, le plus naturellement possible. Il faut dire, le groupe avait su conserver son côté biker tout en édulcorant sa facette heavy metal prononcée. La formation qui avait tyrannisé le public avec Strong Arm Of The Law et Denim And Leather semblait loin et les fans n'ont pas forcément adhéré au nouveau discours de leur chouchou, se contentant de soupire d'aise face à l'épique morceau-titre avant de prendre de moins en moins de plaisir en fonction que le disque progresse vers sa fin. Un sursaut d'orgueil était donc attendu de la part de
Saxon et autant dire que la pochette de cet
Innocence Is No Excuse a vite réduit cet espoir à néant.
Il faut l'avouer, la jaquette est... décevante. On n'attendait pas de
Saxon quelque chose d'aussi facile que cette photo qui cherche à être sexy et que
Ratt ou autre Bon Jovi aurait pu produire à la même époque. Ils sont loin les aigles, les roues de moto et les croisés ! Bref, ça sent l'orientation hard US à plein nez et si on peut déjà partir avec un apriori négatif, on peut accorder cela à
Saxon, qu'il ne se cache pas, qu'il montre clairement ses motivations.
Et effectivement, musicalement, nous nous retrouvons face à un album plus facilement calibré hard rock que heavy metal, même s'il pointe le bout de son riff ça et là.
Saxon préfère évoluer dans des mid tempos léchés, qui se pose presque gentiment.
Rockin' Again est à ce titre très étonnante avec son introduction subtile et les "houhou" de
Biff Byford, inhabituels, jusqu'à une progression plus logique où l'électricité reprend ses droits, ainsi que les refrains rapidement assimilables. On notera en revanche que le jeu de batterie de
Nigel Glockler est moins flamboyant qu'à son habitude, même s'il ne se contente pas du strict minimum. Il donne le rythme, relativement lent, s'octroyant quelques passages plus motivant à l'oreille. Les soli euh, sont bien plus léchés, moins rapides que par le passé, on sent une influence bluesy pas dégueulasse dans l'interprétation d'ailleurs. Mais que ce titre est étonnant, surtout en ouverture, comme si
Saxon voulait s'excuser de proposer cet album à ses fans.
Parce que beaucoup de morceaux par la suite se voudront plus appuyés, mais resteront toujours très accessible pour un un public non habitué au heavy metal brut qui avait fait la réputation du groupe. Un soin particulier est amené aux refrains, les guitares se font plus lisses, le rock'n'roll s'immisce discrètement dans les compositions et ressort de façon plus flagrante à certains moment, comme sur le gentillet
Back On The Streets qui manque toutefois de mordant.
Saxon a bien changé et se retrouver face à un morceau comme
Broken Heroes a dégoûté plus d'un metalleux à la sortie de l'album. Se présentant comme une espèce de ballade épique, gorgée de feeling mais complètement à l'opposé du style
Saxon, ce titre sera considéré par certains comme la pire des trahisons alors qu'il est paradoxalement le morceau le mieux réussi de la galette, le seul qui ose vraiment aller au fond des choses et qui montre le talent d'écriture des musiciens. Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'il s'agisse du dernier morceau que le groupe aime bien interpréter sur scène.
Toutes les chansons ne connaissent pas la même fortune et le moins bon côtoie souvent le meilleurs. Et même si
Saxon appuie à nouveau sur l'accélérateur en fin d'album, on peut légitimement reprocher un manque de constance dans la composition et l'interprétation. Il manque soit de force, soit de quelques morceaux capables de faire de grands hits, avec des refrains fédérateurs destinés à être repris en choeur lors des concerts. On repense avec nostalgie à
Wheels Of Steel ou
To Hell And Back Again et on se contentera donc de ces titres-ci, qui, s'ils sont loin d'être à la hauteur de ce que l'on est en droit d'attendre de
Saxon, forment tout de même un bien bel album en définitive, car plus assumé et du coup, honnête qu'un Crusader.
Avec
Innocence Is No Excuse,
Saxon prend le risque de se mettre tous ses vieux fans à dos dans l'espoir de conquérir un nouveau continent sans être certain de sa réussite. Peut-être que le groupe a entamé sa mue trop tôt, en s'y penchant dès 1984 et peut-être qu'il ne l'a pas fait suffisamment en douceur pour ne ps irriter son public. Toujours est-il que plus encore que Crusader et malgré des qualités indéniables, cet album sera un point de départ pour une longue traversée du désert pour
Saxon, qui ne s'attendait pas à connaître pareille dégringolade dans les ventes alors que les rivaux d'
Iron Maiden allaient littéralement exploser commercialement parlant. Quand on a pas de chance...