Deuxième album du groupe serbe,
Beautiful n’a pas volé son nom, c’est le moins qu’on puisse dire. La ressemblance avec
Nightwish (surtout avec les premiers albums) est foudroyante ; pourtant ils arrivent sans problème à s’en démarquer. La voix de la chanteuse, Dunja Deurić, est presque aussi belle que celle de Tarja, mais n’est pas aussi travaillée ; sa technique vocale est moins bonne et montre parfois ses limites. Il est vrai qu’elle n’avait que 21 ans, et n’avait pas encore finis son école de musique au moment de l’enregistrement …
L’ensemble n’en souffre heureusement pas trop, l’album est magnifique. Il n’a pas le côté sublime d’
Oceansborn ou de
Wishmaster ; mais il a une dimension plus humaine, moins déconnecté du monde. Quand on compare ces albums, on a envie de leur appliquer la fameuse citation de Rimbaud : « les femmes de Perses sont plus belle, mais celles de France sont plus jolies ».
L’album débute par
Eternal Sundance, une intro instrumentale, qui récapitule un peu les instruments classiques utilisés dans l’album : piano et percussions au début, puis violon, cuivres...
Stop the Rain, première chanson de l’album, débute sur un air instrumentale au clavier (comme beaucoup de morceau de métal symphonique), mais différent des airs grandioses à la Nightwish, il s’agit là d’un son appuyé, un thème bref et haché, répété avec insistance ; bref, un air totalement inhabituel dans le métal, un genre de sonorité qu’on entend plutôt dans une symphonie. Il continue avec la batterie jusqu’à l’arrivée de la chanteuse. Mais au lieu de dominer la mélodie par son chant, à la façon de Tarja, de Simone Simons ou Sharon Den Adel (la chanteuse de
Within Temptation), la voix de Dunja semble véritablement jouer avec la musique, tant elle reproduit chaque inflexion de la mélodie, comme un chat suit une souris. Cela ne dure que le temps du refrain, elle reprend ensuite une technique vocale ordinaire, mais l’effet est étonnant.
Lacrimosa enchaîne sur une mélodie moins originale, encore que révélant des influences inhabituelles ; en particulier par des compositeurs comme Berlioz ou Dvorak. Le refrain où sonne sans cesse le mot « Lacrimosa » donne une tournure un brin religieuse, très belle. Néanmoins c’est dans cette chanson qu’on mesure le plus la faiblesse de la chanteuse ; sa voix est superbe, mais elle manque d’ampleur et n’arrive pas toujours à suivre l’air. À noter la présence de deux couplets en Serbe, ce qu’on n’entend pas tous les jours !
On continue avec
Shy, la plainte d’une amoureuse abandonnée… Dunja débute directement, et sur le début rappelle étonnamment
Gethsemane d’
Oceansborn.
Her Last Home et
Autumn évoquent également plusieurs chansons de cet album ou de
Wishmaster, mais avec des mélodies plus contrastées, une voix usant de plus d’inflexions (parfois un peu enfantines), des techniques différentes, comme de laisser le chant brusquement sans accompagnement instrumental, ou de finir sur une vibration du piano.
Old Well, débutant sur un air de clavecin, présente quelques ressemblances avec
Haggard, notamment du fait de l’apparition de la voix masculine « black » ; mais le groupe s’en démarque largement au niveau des thèmes musicaux. Une autre voix masculine, beaucoup plus death, prend le relais dans
Winter (End Of Silence) ; elle n’est accompagnée que par le piano sauf pour le dernier couplet, repris par la batterie. Sa chanson étant une sorte de lamentation, l’ensemble a parfois des accents très éloignés du métal.
Après la conclusion instrumentale,
Winter (Conclusion), le groupe enchaine sur
Don't Linger, cette fois plus conventionnelle dans les instruments. Elle est interprétée d’abord par la voix death, puis par un mélange de voix masculine et féminine formant une sorte de cœur. La voix de la soprano revient ensuite avec
Requiem 2012. Les accents sont beaucoup plus tristes, voir religieux, la chanson racontant l’agonie d’une femme, sa paix intérieure aux moments de quitter le monde. L’enterrement suit, avec
Her Last Home ; l’accent funèbre est évidemment accentué, en particulier par le son d’un orgue.
Nightwish aurait il trouvé un héritier spirituel, après le changement de ligne du groupe, la perte de son élégie ? On n’en est pas encore là, mais il y a dans cet album de quoi faire battre plus vite les cœurs de beaucoup de fans…