Découvrir un jeune groupe qui vous plaque contre le mur par la force de sa musique est une chose d’autant plus rare qu’elle est salutaire. Se prendre une telle claque par un jeune groupe dont la galette qui fait chauffer votre chaîne est son premier essai est encore plus dingue.
Happily depressed est un excellent EP, inutile de le cacher. Les toulousains de
I Pilot Daemon, fort d’un nom de groupe déjà révélateur, peuvent se targuer d’avoir fait chavirer ma vision de la scène Post/Hardcore actuelle. Cette dernière, en mal de nouveautés, enfermées dans des carcans imposés d’eux-mêmes, peut déjà voir sa flamme se raviver lorsqu’un groupe avec autant de talent s’immisce dans sa brèche.
Et de brèche on parle, à juste titre,
I Pilot Daemon tirant de multiples éléments de sa musique d’un monstre trop vite disparu de la scène américaine : Breach. « Waterlily and the drunk lovers » permettra le rapprochement, puissante et hallucinée de par ses guitares proche du Math-Core propre à Dillinger et Breach justement. Le côté décousu des compositions ramène encore au géant enterré, les toulousains jouant à merveille de l’asymétrie et de l’apparition impromptue des guitares, s'immisçant pour seulement quelques notes barrées. Dès lors, on est pris dans le torrent
I Pilot Daemon. La folie que dégage la musique du groupe est hallucinante, on se prend un revers de main à chaque cri du chanteur, complétement possédé et détruit de l’intérieur, rappelant fortement le chant de
Deftones, notamment sur « Thorns », merveille de paranoïa musicale, dont le final purement Math-core fera trembler les murs.
Le titre de l’EP révèle le contenu de la galette, déprimante et pourtant sacrément jouissive.
I Pilot Daemon, par son nom même (le daïmon de Socrate ?) nous plonge dans les méandres de l’individu durant les six titres de l’EP construit suivant une progression thématique, une descente dans le gouffre de la dépression : l’aspect très Core, Punk et Math de leur musique sera mis en avant sur « Thorns », Deftonien et « Waterlily and the drunk lovers », complétement tordue et schizophrénique tandis que le côté Post/Hardcore nous sera révélé sur les derniers titres « Horoscope » et « The Bluish Fennecs ». Le Post de
I Pilot Daemon devient alors la marque de fabrique des français. Car si « Thorns » et « Waterlily and the drunk lovers » ne manquaient pas d’efficacité et de frissons, la patte originale du groupe se ressent encore plus dans ces deux titres.
« Horoscope », tout d’abord, renverrait presque à
Shining pour sa lenteur d’exécution et son introduction lancinante (un arpège très brouillon) mais aussi pour le sentiment d’effondrement qu’elle suscite.
I Pilot Daemon fait fort pour ce qui est des ambiances intra-morceaux. Si les deux interludes sont plutôt dispensables et mériteraient plus de travail, le contenu des compositions longue durée est excellent et terriblement bien agencé. Ainsi, « Horoscope » est une longue montée vers la perdition, de déprime on passe à rage, si bien que la plongée nous semble réelle. Néanmoins, la palme revient à « The Bluish Fennecs », qui, fort de passages « du feu de Dieu » Math-Core se transforme en un titre mélodiquement superbe, aspect que le combo ne nous avait pas dévoilé et qu’il nous lâche en
cage en toute fin d’EP. La fin de « The Bluish Fennecs » est en effet à pleurer, la guitare aiguë y étant pour beaucoup.
I Pilot Daemon frappe fort là où ça fait mal. Il relègue nombre de jeunes formations au second plan et fera chavirer tout amateur de sensations fortes. Son Math-Core est tordu, sacrément bien puissant et prise de tête tandis que son Post-Core est diaboliquement magique. Si les interludes sont à approfondir, le reste est en or massif. Les toulousains font espérer le meilleur pour le futur ; avec un tel EP ils sont attendus en première ligne mais partent sur les bases les plus saines. Efficace, barré mais surtout profond,
Happily Depressed est un premier essai tout bonnement incroyable que le curieux se doit d’écouter pour saisir les moindres éclats de génie du groupe.