Il y a des groupes qui sont quand même vachement culottés. Sortir deux albums live en trois ans, c'est chié.
Kiss l'a fait, en étant à chaque fois moins honnête (Alive ! est overdubé, Alive 2 contient des titres qui n'ont pas été joué en tournée...).
Blue Öyster Cult aussi s'est amusé à faire ça. Seulement, lui, il a trouvé le moyen de juste balancer sept titres sans trop se soucier du rapport quantité/qualité qui est ici très bon, ce n'est pas le souci, mais c'est un peu maigre, non ?
En plus, le BÖC est dans une position délicate. En effet, la formation avait confirmé l'orientation plus légère de
Agents Of Fortune sur un Spectres qui n'avait pas forcément convaincu la majorité des fans, certains voyant en ce disque une trahison à l'esprit tortueux des premiers efforts, avec un son aseptisé, commercial en un mot. Il faut dire que le single
Godzilla, s'il est excellent, demeure très léger dans son approche. Un album live parait un bon moyen alors de rassurer les fans, surtout que la scène est paradoxalement l'élément moteur d'un groupe aussi avant-gardiste et déstabilisant que
Blue Öyster Cult. D'ailleurs, cette pochette qui a du inspirer Terry Pratchett n'est-elle pas un peu paradoxale pour un enregistrement en public ?
Et effectivement, en sept titre, le groupe donne une bonne petite leçon de heavy metal, de feeling et de musique, tout simplement. Quand on voit qu'un titre aussi inoffensif que
R.U. Ready 2 Rock prend des contours plus durs et devient une véritable machine à riffer, cela laisse admiratif surtout que c'était loin d'être le morceau le plus évident de Spectres à dynamiser de la sorte. Et d'ailleurs,
Godzilla se durci considérablement et devient une arme de destruction massive, avec son chant meurtrier et ses interventions à la guitare lead tout simplement jouissives.
D'ailleurs, les soli sont fabuleux, certains finals deviennent de ce fait véritablement dantesques, comme ceux de
Astronomy, évidemment, et de
(Don't Fear) The Reaper, imposant de feeling et de virtuosité, faisant de
Donald Roeser un des guitaristes les plus sous-estimé de la sphère metal. Et pourtant, entre force et délicatesse, le fameux Buck Dharma s'impose haut la main, sans en avoir l'air.
Et que dire de cette reprise du mythique
Kick Out The Jams de MC5, aux sonorités quasiment punk ?
Blue Öyster Cult a toujours bien aimé les reprises, on se souvient avec délice de la virulence subtile d'un
Born To Be Wild de Steppenwolf, qui en imposait. Cependant, le groupe fait peut-être l'erreur de proposer une seconde cover de The Animals cette fois-ci,
We Gotta Get Out Of This Place. Cette dernière tranche un peu avec la folie électrique des six autres morceaux, malgré une montée en puissance sympathique pour le refrain, mais on aurait tellement préféré une pépite oubliée comme
Nosferatu que la déception est compréhensible.
Some Enchant Evening est un album live qui montre que
Blue Öyster Cult en a encore sous le capot. Malheureusement, sa version originale est bien trop courte, sept titres ne suffisent pas à contenter totalement, même si on doit plus le prendre comme un complément du mythique On Your Feet Or On Your Knews publié en 1975. Bref, le BÖC évite la redite, mais ça reste quand même un peu light, du moins dans sa forme initiale, le remaster étant bien plus complet.