Rendre hommage à ce qui assurément est la genèse d’un genre tout nouveau, et ce alors même que je n’étais que peu au fait de l’ambiance d’alors, du haut de mes treize ans, bien trop occupé a découvrir les frasques musicales et métalliques de nouveaux horizons si immenses et si variés que je passais à côté de ce chefs-d’œuvre, est sans doute une tâche dangereusement complexe, et légèrement périlleuse. Pourtant la magnificence, l’inspiration, les qualités éclatantes qui nous éclaboussent avec tant d’évidence de chacun des huit morceaux de ce disque, ne pouvait décemment pas rester dans le silence et l’oubli.
Après la sortie de premières œuvres avec un Kai Hansen donnant de la voix, nous offrant ce chant rugueux, agressifs et parfois, il faut le reconnaitre, plutôt brute et imprécis, emplie de bons titre rapide et véloces mais belliqueusement heavy,
Helloween décide de recruter un « vrai » chanteur et ce afin que la paire Weikath/Hansen puisse se concentrer sur la composition de musique dont l’excellence réside dans le secret magique et quasiment mystique de leur association unique. Ils sont deux caractères forts et antinomiques, ils sont le feu et la glace, ils sont le jour et la nuit, et leur union étrangement consommé donnera naissance à ce que le groupe écrira de plus efficace, de plus réussis, de plus inspirées. Une cohésion qui enfantera ce que l’Allemagne fera de meilleur, et qui aujourd’hui encore, continu de hanter bons nombres de groupes de Heavy Speed Metal teutons. Ce contraste entre les deux hommes nait de leurs influences et de leurs idées diamétralement opposées. D’un côté Kai Hansen et son idéal radical de ce que doit être la musique d’un groupe, de son groupe, c’est-à-dire un Heavy Speed brut et âpre ; un Metal cru basé bien plus sur les riffs que sur la mélodie ; et de l’autre un Michael Weikath et ses envies plus Hard-Rock Seventies, ses aspirations plus mélodiques, sa musique plus harmonieuse. Loin d’opposer leur style dans un conflit sans fin, les deux guitaristes décident de se nourrir de leurs différences, ils délivreront ainsi un mariage intelligemment savoureux dont la concrétisation la plus évidente, après des prémices déjà bien prometteurs sur le mini-LP
Helloween (1985) et sur
Walls of Jericho (1986), sera ce
Keeper Of The Seven Keys part I et son successeur
Keeper Of The Seven Keys part II. Pour parfaire cette alchimie naissante, Kai et Michael, en grands admirateurs du travail de Geoff Tate, sont à la recherche d’un chanteur capable de rivaliser avec celui de Queensryche. Ils finissent par recruter
Michael Kiske et son timbre si particulier, impressionnant, harmonieux. Un chanteur inimitable pour une musique qui le sera tout autant. C’est assurément une des forces les plus vives d’
Helloween, en effet, bien au-delà de se contenter de copier et de recracher des influences mal digérées, il saura dès ces premières mesures composer des airs inventifs, riches, novateurs, mais surtout très personnels.
Chacun des morceaux plutôt rapides qui composent cette œuvre témoignent de la manière brillante poussé par les antagonismes exacerbés, dont nos deux compositeurs principaux font preuve, de leur complémentarité extraordinaire. Ils expriment les diversifications de leurs influences respectives dans un mélange adroitement orchestrés. Ainsi l’incontournable I’m Alive, mais aussi
Twilight Of The Gods et ses chœurs magnifiques, et Halloween tantôt prompt tantôt plus lent, allient magnifiquement le double souci d’
Helloween. Celui de confronter deux univers jusqu’alors distincts et opposés : la puissance et la mélodicité. Musicalement le défi est indéniablement réussi, et à un telle niveau de perfection qu’il donnera naissance à un genre à part entière, et à nombres de vocations. Cette réussite étant exaltée un peu plus encore par les harmonies vocales de Kiske, et par le travail incroyablement précis et subtil d’un Ingo Schwichtenberg derrière ses fûts et surtout derrière ses grosses caisses.
Mais si le groupe excelle dans les titres rapides, c’est aussi dans les morceaux plus mid-tempos, toujours soucieux de satisfaire ces contraintes de composition et sans les trahir, qu’il forgera son identité en écrivant des hymnes aux constructions des plus virtuoses. Tant et si bien que des titres tels que A Little Time, ou Future World se rapproche d’un aboutissement quasiment parfait, leurs conférant une dimension pour ainsi dire intemporelle.
Il convient aussi de noter qu’
Helloween, en apportant une fraicheur toute neuve, en teintant sa toile de quelques touches plus réjouies, d’un certain humour lucide inhabituelle dans le genre, offre à sa musique une couleur « gai » qui finira de séduire tous ceux fatigués par le sérieux ridicule de véritables clichés dans lesquels certains groupes aiment à s’enfermer. C’est ce qu’on appellera le « Happy Metal », qui sans être un style a part entière définit tout de même un authentique état d’esprit libertaire et enjoué.
Cet album est tout simplement un tournant artistique évident. En créant sans en avoir réellement conscience une musique plus rapide et plus mélodique,
Helloween marque l’histoire comme peu réussirent jusqu’alors. Influençant des générations entière de musiciens, il y eu réellement avec ce diptyque la naissance d’un esprit musical nouveau, engendrant un « avant » et un « après » Keeper Of The Seven Keys. Une vision neuve dans la manière d’aborder l’art musical. Une conception originale culte. L’avènement d’une ère nouvelle, tout simplement.